Est-ce un phénomène saisonnier lié à l’hiver austral ? Les derniers jours ont été semble-t-il favorables à l’exercice qui consiste à mettre les pieds dans le plat, et l’on en est maintenant à observer qui a les extrémités inférieures protégées par des bottes en caoutchouc et qui n’a que des Kiranyls® pour faire face à l’humidité.
La langue de bois étant l’amie du moramora national, on ose espérer que ces quelques éclats de franchise contribueront réellement à accélérer une sortie de crise qui attend impatiemment la classe politique et diplomatique depuis près de 18 mois (et encore je suis prudent sur les délais).
Car soyons clairs, aucune déclaration récente n’est fondamentalement nouvelle. Les mêmes propos avaient déjà été tenus auparavant par les mêmes acteurs ; seule la forme a été revue et corrigée, ce qui donne aux-dits propos un peu plus de crédibilité et d’effectivité.
Charité bien (dés)ordonnée devant commencer par soi-même, débutons en félicitant Reporters sans frontières d’avoir soulevé la responsabilité des médias dans la crise (PDF, 1,2 Mo). Au delà de la mise en exergue de certains propos comme « cultivant l’opacité, relayant la propagande ou alimentant les rumeurs, les médias deviennent des armes pour les belligérants » ou « c’est le paysage médiatique malgache qui porte en lui les germes de ce journalisme militant, voire violent », il faut noter les éléments factuels rassemblés sur la corruption des journalistes, et la pratique du felaka qui s’habille pudiquement derrière le paravent des remboursements de frais.
L’on apprend donc de manière « officielle » que le « Guiness » du felaka serait de 500 000 ariary, et ce au profit des journalistes qui auraient fait le déplacement en mars dernier pour l’inauguration d’un câble sous-marin. Que les concurrents de l’opérateur en question ne se félicitent pas trop bruyamment de voir les agissements de l’équipe adverse exposés sur la place publique, car les témoignages ne tarderaient sans doute pas à sortir pour souligner que 99% des gros annonceurs publicitaires font de même. Et l’on peut dire qu’un certain nombre de personnes ou organismes, tant dans le monde des médias que dans celui des entreprises ou de la politique, essaient d’échapper à ce cercle vicieux, mais sans trop savoir comment faire... Aux uns et aux autres de trouver leur chemin de Damas.
Je réalise cependant avec tristesse que cet éditorial pourrait donner la fausse impression que son auteur serait aigri, parce que lui ou son organe n’auraient rien reçu, ou pire encore, qu’à l’instar de certains confrères, il distillerait certaines informations pour monnayer leur non parution... J’espère qu’il est encore quelques lecteurs qui croient qu’il existe des organes en qui ils peuvent avoir un peu confiance.
Après les déclarations concernant la presse, venons en à celles faites par M. Jean Marc Châtaigner. En soulignant que certaines de ces déclarations ne sont pas sans rapport avec ce qui précède, et plus particulièrement celle-ci : « S’il y a échec, c’est peut être aussi parce que le bon diagnostic n’a pas été réalisé, que la crise malgache de 2009 n’est pas une crise conjoncturelle et qu’elle s’enracine beaucoup plus profondément dans une spirale historique de violence et de vengeance. N’aurait-on pas gagné à mettre plus clairement sur la table les origines du conflit et les intérêts en jeu ? N’aurait-on pas gagné à écouter ceux qui demandaient de panser les vieilles plaies ? Quand prendra fin ce cycle destructeur et nihiliste ? Est-ce que cette crise politique, pour regrettable qu’elle soit, ne devrait pas être l’occasion pour les Malgaches, appuyés par leurs partenaires internationaux, d’analyser et de prendre en compte les blocages structurels et culturels qui font obstacle au développement ? ».
Sur les parties du discours qui ont le plus retenu l’attention, on notera ce n’est pas la première fois que la France ou son ambassadeur expriment le souhait de voir dissoudre les groupements d’exception comme le FIS. La question avait par exemple été évoquée lors du passage de Madagascar devant le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.
Mais entre caricatures décrivant le pays comme étant à feu et à sang et discours lénifiants du type « tout va très bien, Madame la Marquise », l’évocation de tels sujets a toujours facilement tourné au dialogue de sourds. En sera-t-il autrement aujourd’hui ? Comment notamment dissoudre le FIS, alors qu’il n’a pas d’existence administrative officielle ? Comment faire pour qu’il devienne le placard vaguement doré qu’il aurait toujours dû être ? Le sujet étant sérieux, les commentateurs sont ici priés d’avoir un peu plus d’imagination que l’usage de la lassante formule « FIS de p... ».





