Au moment où les enseignants chercheurs de l’enseignement supérieur (SECES) de la section Antananarivo relancent la grève pour cause de non paiement de leurs heures complémentaires, le président de la HAT, Andry Rajoelina, part pour une mission d’inauguration d’infrastructures universitaires. Il s’est rendu à Mahajanga ce vendredi 16 décembre 2011, pour inaugurer de nouvelles infrastructures universitaires et visiter le chantier de l’hôpital moderne à Mahavoky dont l’avancement est aujourd’hui à hauteur de 80%. Quelques membres du gouvernement d’union nationale, notamment le vice-Premier ministre chargé de l’Aménagement du territoire, la ministre de la Décentralisation, le ministre de la Communication, la ministre de la Santé, le ministre de l’Enseignement supérieur, les présidents des six universités de Madagascar, le chef de Région Boeny, le maire de la Commune urbaine de Mahajanga et des parlementaires ont pris part à cette cérémonie.
Un dortoir pouvant accueillir environ 304 étudiants, financé par l’État malagasy, un laboratoire mixte suivant les normes internationales, fruit d’un partenariat avec l’université de Nantes d’une valeur de 150 millions d’araire, une esplanade baptisée « Docteur Georges Rahoelina » lequel fut le premier directeur du Centre universitaire régional de Mahajanga en 1977–1978, et enfin une station de radio universitaire dont l’objectif est de faire passer toutes communications et informations relatives à l’environnement universitaire tant national qu’international ont été construits et inaugurés par les plus hautes autorités de la Transition.
Rabesa Zafera Antoine, en sa qualité de président de l’université de Mahajanga, s’est félicité d’accueillir un chef d’État au campus d’Ambondrona qu’il dirige. « C’est une grande première dans les annales du campus universitaire que l’université de Mahajanga reçoive un chef d’État. Cela prouve que la politique de l’actuel régime donne plutôt plus d’importance à la jeunesse malgache et son avenir », a-t-il déclaré. Il explique que durant son mandat à la tête de l’Université, le nombre d’étudiants, toutes disciplines confondues, a augmenté de plus de 87% depuis 2009. Cela implique automatiquement une augmentation des besoins en matériel mais surtout en personnel. Ainsi, suite à la coopération de l’université de Mahajanga avec le ministère des Finances et du Budget, le responsable de ce département universitaire a pu recruter des enseignants et des membres du personnel administratif et technique.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Razafindehibe Etienne Hilaire, lui non plus ne s’est pas privé de montrer sa satisfaction à l’endroit du président de la HAT : « Nous constatons votre volonté de promouvoir le monde de l’université de toute l’île. Nous ne sommes pas esseulés dans la gestion grâce à votre détermination ». Le ministre de l’Enseignement supérieur a également tenu à rassurer le personnel de l’université de Mahajanga de voir de près les avantages afférents aux heures supplémentaires des enseignants.
Quant à Andry Rajoelina, il a mis en exergue le contexte et la justification de ces réalisations : « Malgré l’application effective de la politique d’austérité prônée par le régime actuel, point n’est besoin de s’étendre sur le caractère bénéfique de la construction de nouvelles infrastructures universitaires pour la jeunesse malgache. Certes, le pays traverse de nombreuses difficultés en ce moment mais il n’empêche que l’enseignement supérieur figure parmi les priorités de l’État » explique-t-il devant la grande famille des universitaires de Madagascar.
Enfin, en guise du « fihavanana malagasy », le chef de l’Etat et sa suite ont offert des bœufs à la grande famille des universitaires de Mahajanga.
En tout cas, excepté les allusions du ministre de l’Enseignement supérieur sur les heures supplémentaires des enseignants, dans aucun des discours de cette délégation et encore moins dans celui du président de la HAT, les problèmes actuels des enseignants, des personnels administratifs et techniques et des étudiants n’ont été évoqués. Les infrastructures sont là, les étudiants sont là, les personnels et les enseignants sont là. Mais du moment que tout ce beau monde n’est pas payé pour service rendu et bien fait, que peut-on penser de ceux qui se félicitent de ces nouvelles infrastructures ; que doit-on penser quand le budget affecté aux heures complémentaires n’existe pas ? Car c’est la première raison de la grève décrétée par le SECES Antananarivo et qui ne manquera pas de s’étendre aux autres universités de l’île. Peut-on vraiment dire que le président de la HAT fait de la jeunesse sa priorité ?
Quand des lycées n’ont pas de professeurs de Mathématiques et qu’une des Directions régionales de l’Education nationale n’a sorti qu’un bachelier de la série C, on est assez perplexe sur cette priorité accordée à la jeunesse. Quand on sait que des professeurs de philosophie ou d’histoire géographie se font professeurs de français, ou encore des professeurs de physique chimie se font, par la force des choses et faute de professeurs adéquats, professeurs de mathématiques, l’on distingue mal cette priorité à la jeunesse et à son avenir. Quand bien même on dira que ce n’est pas de cette jeunesse là dont il s’agit mais de l’autre jeunesse, celle qui s’adonne aux sports, combien sont-elles ces communes qui disposent de terrains de sports ? Combien sont-ils les lycées qui disposent de terrain de sports et de gymnastique dans les normes ? De malins esprits corrigent qu’il s’agit de la jeunesse des villes qui est plus encline aux jeux et aux sorties nocturnes. Mais si cela est avéré, ces jeunes peuvent-ils réellement s’épanouir sachant l’insécurité tant diurne et plus grave encore nocturne ?
En tout cas, beaucoup doutent de la priorité accordée à la jeunesse. Car depuis l’école primaire, tant les enseignants que les apprenants semblent ignorés par les gouvernants. À preuve ces détournements de véhicules de l’UNICEF au profit des politiques ou de l’armée, qui s’effectuent sans que le président de la HAT ne daigne lever le petit doigt. Il a fallu attendre que l’UNICEF donne de la voix pour que des consignes soient données aux voleurs qu’ils rendent les véhicules à leur vrai destinataire : l’Éducation, c’est-à-dire à la jeunesse malgache.
Plus flagrante est cette magie relevée dans le budget par les membres du SECES Antananarivo. Les heures complémentaires et autres indemnités d’environ 7 milliards d’ariary qui étaient déjà prévues sont introuvables car ont-ils déclaré, les responsables leur ont répondu qu’il n’y a pas d’argent à cet effet. Et quand tous ces hauts responsables, dont le président de la HAT, disent que la jeunesse est leur priorité, car ils ont construit des dortoirs, des laboratoires…, c’est à l’intention de qui car les services rendus par les professeurs ne sont même pas considérés comme il faut. Et tant qu’il n’y a pas d’enseignants à l’université ou dans les lycées ou dans les EPP, de quelle jeunesse se soucie-t-on vraiment ? Des jeunes issus des familles aisées qui peuvent envoyer leurs enfants dans les grandes écoles et instituts privés ? Ces jeunes là ont déjà leurs yeux tournés ailleurs que dans le pays.




