Ce n’est pas encore la sortie officielle de crise, mais les contours de celle-ci commencent à vraiment se dessiner. Même pour ceux ayant depuis toujours argumenté en faveur d’une sortie de crise pacifique et inclusive basée sur le dialogue, difficile cependant de ne pas ressentir un fort sentiment de déception. Car si la sortie sera peut-être conforme à cette exigence de dialogue, ce sera surtout pour de simples raisons de lassitude.
Il ne pouvait pas y avoir de solution parfaite à une crise politique aussi longue. L’élaboration d’une solution satisfaisant toutes les parties aurait nécessité bien plus d’imagination et bien plus de persuasion que ce qui a pu être mis en oeuvre. Le Groupe international de contact a fait se succéder des émissaires à chaque fois un peu plus prestigieux, pour devoir constater à chaque occasion que ses choix étaient devenus « trop peu, trop tard ».
Un Joachim Chissano qui serait intervenu dès les débuts de la crise, si possible avant le 26 janvier 2009, aurait peut être eu des chances d’obtenir un éclatant succès. Mais lorsqu’il a effectivement commencé à prendre sa place dans les débats, chaque partie politique malgache était déjà profondément enracinée dans sa certitude d’avoir raison. L’on ne peut malgré tout s’empêcher de se demander ce qui se serait passé si les emplois du temps de MM. Jean Ping, Joachim Chissano et consorts avaient été moins surchargés et leur auraient permis de prolonger la rencontre d’Addis Abeba de quelques heures, afin que ce sommet des quatre mouvances ait pu permettre d’arrêter une liste gouvernementale et régler quelques stupides questions de protocole. Too late, too little...
Comme le cas de Madagascar ne faisait plus depuis longtemps les gros titres de l’actualité internationale, les chances de voir une personnalité encore plus prestigieuse, par exemple un Prix Nobel de la Paix, se pencher sur la question et arriver par son charisme à enthousiasmer à la fois les fans de Marc Ravalomanana et les groupies d’Andry Rajoelina relevaient de l’utopie. Il ne pouvait donc plus y avoir de solution « parfaite » à la crise de 2009, de solution qui contenterait tout le monde, et l’on devra se contenter d’une solution « imparfaite », qui mécontentera à la fois les uns et les autres, afin que personne ne puisse affirmer franchement qu’il est le vainqueur de la situation.
Faut-il alors se démobiliser ? Ce serait certainement l’erreur la plus grave. Car ce serait laisser se préparer de futures crises de notre pays. Plus que jamais, face à un « leadership politique » inconsistent et décalé de la réalité du pays, la véritable société civile devra apprendre à dire non.
Non à la tentation de laisser encore cette transition se prolonger dans des marchandages ridicules ou dans le statu quo du plus fort.
Non à la situation absurde d’il y a quelques années où celui qui était le mieux placé pour remporter les élections présidentielles les a court-circuitées.
Non à la situation absurde d’aujourd’hui où celui qui inaugurait une place de la démocratie doit son pouvoir à un groupuscule armé qui bloque toute fréquentation de cette même place de la démocratie.
Non à une situation où les seules manifestations publiques qui mobilisent sont celles qui visent à destituer un pouvoir. Non à la propre incapacité de la véritable société civile de se conduire en adulte et de faire bouger les choses.
Alors, oui, il faut rester mobilisé. Quitte à ce que l’idéal de réconciliation et de modération soit atteint, non pas en préalable, mais au cours du processus, il faudra continuer à se battre. Sans se tromper à nouveau de combat.





