Présent par téléphone parmi ses partisans réunis au Magro, et comme pour rasséréner ceux-ci que le pouvoir en place sera obligé de passer par les fourches caudines de la communauté internationale pour obtenir les moyens financiers de sortie de crise, Marc Ravalomanana a mis en avant que les dépenses nécessaires au processus dialogue préliminaires-conférence nationale-élections représentaient des sommes considérables.
On peut effectivement affirmer sans risque que la démocratie n’a pas de prix, mais que les élections ont un coût. Mais de quels montants parle-t-on exactement ?
La dernière loi des finances ayant passé devant une assemblée nationale élue, celle pour l’exercice 2009, prévoyait justement une augmentation du budget du Ministère de l’intérieur et de la décentralisation pour faire face à d’éventuelles élections. On supposera qu’il s’agissait des élections régionales à une échelle nationale et on retiendra le montant de 6,5 milliards d’ariary.
L’ordonnance faisant office de loi des finances pour l’année 2010 prévoyait quand à elle 35 milliards d’ariary pour au moins 3 scrutins (référendum constitutionnel, élections législatives et présidentielles). La somme apparaît finalement relativement modeste, ne représentant que 1,6% d’un budget 2010 pourtant considérablement resserré à 2166 milliards d’ariary.
Ces chiffres relativement faibles tendraient à démontrer que malgré une situation fiscale tendue, les finances publiques seraient capables de supporter seules les coûts d’une élection. Du moins ce que l’on appelle les « coûts de base », ceux communs à tous les processus électoraux.
Car pour une véritable sortie de crise, il faut y ajouter ce que les spécialistes onusiens de l’observation des élections appelent les « coûts liés à l’intégrité du processus », ceux qui garantissent la transparence des opérations, la sécurité des agents électoraux et celle des électeurs.
Et en habitué des élections à Madagascar, on aurait tendance à estimer qu’il faut y ajouter encore les « coûts liés à la non intégrité du processus », ceux qui assurent aux électeurs une dotation plus ou moins bienvenue en tee-shirts, concerts gratuits et enveloppes plus ou moins gonflées... Mais passons pudiquement sur ce dernier poste de dépenses, et essayons d’estimer les seules qui nous paraissent légitimes.
La première catégorie de coûts, les « coûts de base », varie finalement assez peu d’un pays à l’autre. Par contre, les « coûts liés à l’intégrité du processus » peuvent différer largement en fonction de la situation d’un pays. La conjugaison des deux catégories va de un à trois dollars par électeur dans les démocraties confirmées, et a atteint jusqu’à 45 dollars par électeur pour les premières élections du Cambodge.
Madagascar n’étant pas un pays en guerre, un chiffre de 5 dollars par électeur pour une élection crédible paraît largement suffisant, voire confortable. Même les élections de 1992 parfois contestées violemment par les fédéralistes ont pu se tenir avec un budget modeste. Tout ceci reste finalement dans les moyens du pays, mais le point le plus important à retenir est que le plus gros de la dépense n’a pas vocation à relever du domaine de l’État, et que chaque citoyen peut y apporter sa contribution, non pas en espèces mais en nature.
La démocratie coûte-t-elle cher ? Pas forcément. Le vrai coût des élections sera évalué à l’issue des opérations électorales et non avant. C’est dans notre capacité institutionnelle à utiliser réellement les élections pour changer l’ordre social que repose le vrai coût des élections, de façon à ce que l’habitude des urnes remplace désormais celle de la fréquentation des places.





