L’article premier de la Feuille de route parle de dialogue malgacho-malgache, mais la semaine en cours semble surtout favorable à la plus belle des cacophonies verbales.
En temps ordinaire déjà, l’horizon de la plupart des malgaches se limite à la journée, c’est-à-dire qu’il s’agit de trouver aujourd’hui de quoi payer ce que l’on a mangé hier. Mais depuis hier, même pour ceux que l’on pourrait qualifier d’« intellectuels », l’horizon semble désespérément se limiter à la fin de la semaine.
Difficile dans ces conditions d’écrire un éditorial qui tente de faire prendre un peu de recul. Mais comme il serait encore plus stupide de faire un contre-emploi complet, espérons que les lecteurs sont désormais clairement avertis qu’il vaut mieux éviter de prendre au degré zéro ce qui suit ou de le considérer comme une vulgaire tentative de manipulation partisane.
Je tiens à féliciter le rédacteur du communiqué de l’ambassade américaine :
Déclaration de l’Ambassade des États-Unis sur la liberté d’expression et de réunion
Les États-Unis sont troublés par la suppression violente d’une manifestation politique par le régime de fait et les forces de l’ordre qui lui sont loyales. Tant la feuille de route que les traités internationaux sur les droits de l’homme consacrent la liberté d’expression et la liberté de réunion, y compris pour la dissidence politique, comme étant des droits fondamentaux de tout citoyen. De tels incidents similaires ont été notés dans notre Rapport sur les Droits de l’Homme l’année dernière. Nous demeurons préoccupés par le climat de peur, d’intimidation et de violence qui a continué à s’intensifier à cause de l’actuelle crise politique. Nous tenons à rappeler à toutes les factions politiques à respecter les droits de l’homme fondamentaux – dont la liberté d’expression et la liberté de réunion – tels que protégés par la loi Malagasy et le droit International.
Dans l’absolu, c’est très bien dit et je ne peux qu’approuver le fond. Mais imaginons trente secondes qu’une poignée d’individus, dont certains seraient notoirement connus pour avoir participé aux événements du 26 janvier 2009 (je sais, c’est difficile à imaginer), s’avisaient ce samedi, avant d’aller acclamer leur nouveau héros Marc Ravalomanana (ouh là là, je sens que plus personne ne me suit), d’aller à Ambohibao pour planter au beau milieu du jardin du si bien nommé Point Liberty [1] une gerbe funéraire dédiée à la liberté de commercer dans l’AGOA ? On pourrait même imaginer (! !) qu’il se trouverait quelques commerçants, lassés de stresser et de voir leur chiffre d’affaires baisser chaque fois qu’il y a manifestation politique, qui accepteraient pour une fois de se mêler à eux.
Suis-je assuré que l’ambassade américaine ne se prévaudra pas de la Convention de Vienne pour faire appel à l’Emmoreg ? Suis-je assuré de ne pas assister à une telle scène ?

Oui, il m’arrive d’être impertinent. Mais en situation complexe, rien n’est plus pertinent que l’impertinence.




