Il est des communiqués de presse qui laissent le journaliste indifférent. Et il en est d’autres qui agacent.
Celui du Conseil des ministres tenu hier fait plutôt partie de cette dernière catégorie, car on y distingue assez facilement quelques gros morceaux de ce qu’on appelait autrefois la propagande et que les communicateurs appelent aujourd’hui le pitch. Dans la version originale de ce texte, on écrit « le Peuple » avec une majuscule et on parle de « traces indélébiles, visibles et palpables, des réalisations faites par le régime de Transition et devant marquer l’Histoire » (remarquez à nouveau les majuscules).
Si ce communiqué a oublié d’être léger dans le style, on lui pardonnera beaucoup plus facilement d’avoir oublié d’être léger dans le contenu informatif. Il n’y a quand même pas que du battage dans ce texte, il y a aussi un compte-rendu assez précis de certains débats, ce qui nous change des communiqués rituels nous informant qu’il y avait eu des nominations et donnant laconiquement le titre de quelques communications faites par tel ou tel ministre.
L’actuel gouvernement de transition tente donc de se donner une image de bonne gouvernance. Et le point le plus significatif sur ce point est l’annonce que tous les projets de décret importants seront soumis au Conseil d’État pour avis de conformité aux lois et textes réglementaires, avant adoption. Ce n’est là qu’un retour à une pratique normale, délaissée depuis pas mal de temps. Un bon signe de reconnaissance d’une démocratie est qu’il arrive que le Conseil d’État émette des réserves et que le gouvernement est obligé d’en tenir compte, sous peine de courir les plus grands risques sur le plan contentieux en adoptant une rédaction qui s’écarterait, même sur des points de détail, de celle acceptée par ledit Conseil.
Indro be hoy ny mpandrafitra
Mais, mais, mais... Force est de constater que cette annonce est précédée quelques lignes plus tôt de celle de l’exonération totale du paiement des droits et taxes sur trois importations. Et l’on se demande quel pourrait être l’avis des magistrats du Conseil d’État sur de tels actes gouvernementaux. Accepteraient-il de gaité de coeur qu’une loi ou une ordonnance des Finances puisse être remise en cause par un simple acte réglementaire ? Il serait plus que temps pour eux de rappeler la hiérarchie des textes entre lois, décrets, arrêtés. Et les doctes juristes seraient également bien avisés d’attirer l’attention sur la violation du principe d’égalité entre tous les citoyens que cet ensemble de décisions du gouvernement représente. Pourquoi les communes d’Antananarivo et de Toamasina se verraient-elles avantagées par rapport à celle d’Amparafaravola ?
Pour justifier ces décisions d’exonération, le communiqué du Conseil des Ministres argumente qu’il s’agit là de dons. Le légalo-rigide qui devrait sommeiller en chacun de nous choisira de passer outre à ces considérations, en gardant à l’esprit qu’en matière de dons, il en est d’intéressés et de désintéressés. Tandis ce que les importateurs et fabricants de produits en aluminium rumineront sur une concurrence qu’ils jugeront déloyale, en apprenant que les exonérations portent entre autres sur des structures destinées à la reconstruction de l’Hôtel de Ville d’Antananarivo.
L’observateur de la vie politique verra pour sa part dans ces décisions une confirmation de la place du ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Hajo Andrianainarivelo, parmi les hommes forts de la transition, sinon comme l’homme fort de la transition. Mais à lui comme à tout autre, l’on se devra de répéter : Dura lex, sed lex.





