Juste après le « brainstroming » d’Ivato, dans son éditorial du samedi 06/02, en parlant d’Alzheimer, Patrick s’est dit résolument pour les élections d’une Assemblée Constituante. Il y rappelait qu’en début d’année, dans un autre édito intitulé « pour que l’année soit bonne », il esquissait déjà cette idée.
De mon côté, juste après son édito « pour que l’année soit bonne », dans un autre édito (« pragmatisme et élections »), j’ai écrit et développé pourquoi j’étais contre. Entre autres arguments, je disais que les candidats à cette députation ne pourraient dire que ceci aux électeurs que nous sommes tous : « votez pour moi, et vous verrez bien, je déciderai à votre place de ce qui est bon ou pas pour vous et le pays. Vous ne savez rien de rien, mais faites-moi un chèque en blanc, je mettrai moi-même les chiffres et ce sera débité sur votre compte ». Pour ceux qui sont intéressés pour les autres arguments, relisez ce papier.
Je réitère ici ma conviction que l’élection des députés pour l’Assemblée Constituante (rappel : la dernière était en 1958, avant l’Indépendance du pays) n’est pas la bonne solution durable pour essayer de sortir notre pays des troubles actuels et adopter enfin le schéma de stabilité politique qui ne pourrait être que bénéfique pour les générations futures.
Ce n’est pas parce que moins d’un millier de personnes, sur 20 millions de malgaches, ont voté, à partir d’une réunion organisée par la HAT et présidée par Rajoelina (pour donner un signe de semblant d’impartialité, il aurait dû s’abstenir d’y aller et idem pour tous les membres du Gouvernement), qu’il faut conclure hâtivement (sans jeu de mots) que c’est « la volonté des malgaches ».
Si la nouvelle forme de démocratie que l’on nous a promis c’est :
• envoyer des invitations à des personnes choisies par le pouvoir en place
• organiser une réunion (appelez cela comme vous voulez « tena ifampierana », atelier…, cela ne change rien)
• les faire voter à partir de deux thèmes choisis
• « rendre officiels » les résultats
et par la suite dire que c’est le choix des « malgaches » ou la volonté du peuple, c’est que l’on est vraiment tombé très bas et que le mot démocratie a été complètement vidée de son sens. Relisez aussi l’éditorial de Ndimby sur la manière dont on vide le sens des mots dans notre pays.
Tous les partisans de démocratie à géométrie variable, ne sont pour moi que des opportunistes qui, comme le nom l’indique, ne pensent qu’au moment présent et non au futur proche et lointain de notre pays. Dans le cas présent, il s’agit pour Rajoelina et son clan de rester au pouvoir un peu plus longtemps, sans passer par les urnes. Si ce n’est pas la raison, pourquoi avoir attendu plus de 13 mois pour proposer cette idée ?
C’est se voiler la face et fermer les yeux qu’admettre que le fait (c’est un fait au sens factuel du terme) que Rajoelina soit à la tête de l’Etat actuel, et que la HAT dirige le pays comme bon lui semble sans aucun contre-pouvoir, ne posent pas un problème fondamental.
On ne peut intellectuellement admettre que notre pays soit dirigé depuis presque un an par un « clan » qui n’a reçu aucun vote des 20 millions de malgaches, donc de facto illégitime, et qui n’a aucun, mais vraiment aucun contre-pouvoir en face de lui.
Je pense qu’une personne normalement et intellectuellement constituée, ne peut nier cet état de fait. Donc, il faut commencer par résoudre ce problème d’illégitimité et d’unicité flagrantes avant d’aller plus loin. Le fait que son pouvoir ne tient qu’à des militaires aux ordres ne fait que rajouter à cette illégitimité.
Bien évidemment, je ne prétends pas détenir la vérité en quoi que ce soit, loin de là, mais j’essaie de participer aux débats d’idées que nous souhaitons tous. Mon seul souci c’est d’essayer de débattre et de proposer des solutions qui nous survivent et non juste pour être pour ou contre Untel ou Untel. Bien que personnellement, je sois d’avis, par simple constat, que tous les anciens ou présents dirigeants encore vivants de notre pays ne sont que des gens incapables de préparer l’avenir, autrement on n’en serait pas là !
Depuis notre Indépendance, dans un régime normalement parlementaire, c’est le Chef de l’État qui exerçait ses fonctions comme dans un régime présidentiel. Or, c’est ce dévoiement du régime parlementaire, et le mimétisme de ce qui est le cas en France (sauf que ce pays a quand même eu des périodes de cohabitation qui n’ont pas déstabilisé ses Institutions) qui ont donné toutes ces instabilités. C’est cela à chaque fois qui a donné la possibilité aux militaires d’intervenir là où ils ne devraient pas avoir leurs mots à dire.
L’erreur partout en Afrique et à Madagascar c’est de croire qu’il faut à la tête de l’État un homme fort, capable à lui tout seul d’amener le pays vers un Nation moderne qui survit à des soubresauts politiques inévitables. Or, ce n’est pas d’un homme fort dont nous avons besoin. Non, nous avons besoin d’un homme sage, un vrai « raiamandreny », non pas uniquement par l’âge, mais aussi par ses compétences et ses expériences de la politique, cette fois-ci au sens noble du terme, c’est-à-dire de la vie de la Nation.
Je propose que le Président préside et que le Gouvernement gouverne, avec le contrôle des parlementaires. S’il y a des contestations par rapport à une politique, c’est le Gouvernement qui est mis en cause et non le Chef de l’État, qui lui n’a pas à définir la politique générale du pays. Les parlementaires peuvent « renverser » le Gouvernement mais pas le Chef de l’État. En cas de problème politique, les militaires ne pourront intervenir, car en cas de renversement (motion de censure ou autre), le Chef de l’Etat pourra désigner un nouveau Premier Ministre, en charge de former un nouveau Gouvernement. En cas de blocage au niveau du parlement, le Président pourra dissoudre le Parlement et demander au Gouvernement d’organiser une nouvelle élection.
C’est ce côté Chef de l’Etat, Président de tous les malgaches, et non d’un clan ou d’un parti politique, qui me fait croire que, petit à petit, nous irons vers une meilleure stabilité de nos institutions et que l’Armée restera une administration comme une autre, qui n’a pas à se mêler de la vie politique.
Bien sûr, dans la nouvelle Constitution, il faudra bien définir les prérogatives du Chef de l’État (limité à 2 mandats impérativement et pour toujours) mais cela ne devrait pas présenter une difficulté majeure, vu que de nombreux pays possèdent une Constitution identique. Il ne s’agit pas d’aller inventer la poudre, mais l’erreur serait cette tendance à vouloir l’adapter « à la soi-disant » culture malgache, prétexte que l’on avance comme si on était différents des autres êtres humains de notre planète. Ce schéma fonctionne dans des pays différents aussi bien européens, au Moyen Orient, en Asie, en Amérique latine, dans des îles du Pacifique ou de l’Océan Indien.
Dans le cas actuel je propose donc que, après formation d’un gouvernement de coalition (condition sine qua non pour que cette élection se déroule avec un minimum de sérénité et de transparence), on donne la chance à nous tous malgaches de voter pour élire une personne que nous estimons digne de nous représenter tous, c’est-à-dire le Président de la République. Cette personne sera élue en fonction de nombreux critères, mais le premier d’entre eux, c’est qu’elle soit au dessus de la mêlée politique.
Le Gouvernement de coalition sera en charge d’organiser cette élection. Dans le même temps, des collèges d’experts pourront proposer un projet de Constitution (à valider ou non d’abord par une conférence nationale ?) sur laquelle tous les malgaches pourront se prononcer par référendum, en même temps qu’ils élisent leur député.
Je sais bien que, vis-à-vis de la mentalité de nos politiciens actuels, la marche normale de ce schéma sera compliquée, néanmoins, ce n’est pas parce que les gens sont idiots au temps présent qu’il faut obérer l’avenir à long terme. Il faut que nous cherchions des solutions à long terme et non des plâtrages d’institutions en fonction des intérêts divergents du moment. C’est la moindre de chose que de parier sur l’intelligence de nos enfants, en faisant tout pour qu’ils ne soient pas aussi idiots que nous le sommes aujourd’hui.
Le défaut essentiel de notre vie politique, c’est que l’on n’a pas toujours raisonné sur la durée de vie de la Nation (qui est normalement de plusieurs générations) mais sur les circonstances du moment ou la durée de vie des hommes politiques.
Alors des élections oui, mais commençons tout de suite par celle qui permet à nous tous de choisir celui que peut dignement nous représenter et qui soit au dessus de la mêlée politique : le Président de la République.
Si l’on réfléchit bien, par simple déduction, cela exclurait de facto tous les anciens ou actuels dirigeants, quels qu’il soient.
Vous avez compris, il s’agit des « 4 chefs de mouvance » que je cite nommément : Ratsiraka, Zafy, Ravalomanana et Rajoelina.
Si ces gens en étaient dignes, on n’en serait pas là. CQFD.





