En plus de la crise économique (elle est mondiale et comme notre pays n’est pas sur une autre galaxie, elle n’y échappe pas), l’année 2010 risque d’être le théâtre de grave crise financière et monétaire dans notre pays. Il ne s’agit pas ici de faire l’oiseau de mauvaise augure mais de regarder froidement la situation et l’analyser afin d’essayer d’identifier les risques.
N’en déplaise aux thuriféraires du pouvoir actuel, la situation économique actuelle de notre pays est loin d’être rassurante et celle de 2010 risque d’être pire. Si le pays reste en dehors du champs d’intervention des institutions internationales (en gros sanctionné par l’arrêt des aides budgétaires ou des octrois de prêts), le déséquilibre des comptes publics (déficit budgétaire), la baisse des exportations avec obligations de rapatriements de devises (ce qui n’est pas le cas pour les contrats miniers) donc réduction des réserves de changes, l’atonie de la demande intérieure (chômage galopant avec la fermeture des entreprises franches ou pas), une inflation importée (hausse du prix du pétrole),… sont des bombes à retardement pour l’économie en 2010 et au-delà.
Avec les nombreuses défaillances d’entreprises et des ménages, la défiance de tous les acteurs économiques (banques, entreprises, consommateurs) pourrait aller croissant et on irait vers une quasi-paralysie de l’économie.
Les projections de croissance par secteur affichées dans le budget 2010 de l’État ne rassurent pas franchement, en donnant l’impression que l’arbre « grands projets miniers » cachera la forêt du reste de l’économie.
L’autre danger : le risque de changes
Les déséquilibres macroéconomiques ne rassurant pas les investisseurs, ils vont commencer à douter du pays et par conséquent mettre à l’abri une partie de leurs liquidités et de leurs investissements. Dans ce cas, la monnaie locale fera l’objet de pression et les spéculateurs (ce ne sont pas des voyous car le mot spéculer viens du latin speculare et qui veut dire tout simplement voir plus loin) joueront la baisse de la monnaie locale car les effets de levier peuvent être importants. Si l’ariary perd beaucoup trop de sa valeur, cela renforcera peut-être momentanément la compétitivité des entreprises exportatrices, mais créera forcément, déficit chronique commercial aidant, une inflation importée (donc difficilement maîtrisable) beaucoup plus importante.
La tentation (politique et non pas du tout pour des raisons économiques) serait de faire comme dans les pays riches : créer de la monnaie en accentuant les déficits publiques, ce que l’on appelle vulgairement faire tourner la planche à billets. Mais notre pays, déjà endetté au delà du raisonnable (malgré les effacements de dettes de ces dernières années), ne peut se permettre ce genre d’exercice car on irait tout droit à la cessation de paiement (incapacité à honorer les échéances de ses dettes intérieures ou extérieures). Il existe certes d’importantes liquidités intérieures présentes dans le système financier, mais pour ce qui est des devises étrangères, l’accès sera bien plus difficile. De toute façon, dans l’état actuel de notre situation économique, toute création monétaire non reliée à la vraie performance économique du pays (exportation, hausse de la demande intérieure,..) est un quasi-suicide. Là où je m’inquiète c’est que l’on commence à parler de billets de banques avec des signatures différentes, sans qu’on ait idée des volumes ! Simple remplacement de routine ou accroissement des volumes ?
Le risque est donc grand pour que notre pays se trouve en situation de surendettement et comme les bailleurs n’interviendront pas à cause des sanctions, suite aux évènements politiques, le pays n’aura plus tard qu’une solution : ne pas honorer le paiement des engagements extérieurs, soit une quasi-faillite.
Je vous laisse imaginer les conséquences terribles d’une telle situation, si elle se produisait. Les politiques, qui croient au miracle en économie, iront vers des délires type, collectivisation/nationalisation ou autre financement parallèle !
Pour qui s’intéresse au plus près à l’économie, veuillez vous référer aux crises qui ont eu lieu dans différents pays, à différents moments, qui ont connu exactement cette spirale infernale dûe aux risques des changes et la spéculation qui a suivi (peso argentin, peso mexicain, bath thaïlandais,….). Vous aurez la preuve que cela ne relève pas de la science fiction mais de l’histoire économique.
Cela fait froid dans le dos, sauf peut-être à ceux qui pensent que notre pays n’a pas besoin d’aides internationales (sous quelle forme que ce soit), pour cause de « fierté nationale » ou autre orgueil mal placé. A ceux-là, je dis sincèrement : il faut en assumer toutes les conséquences.




