La décision prise d’organiser un référendum et des élections avant la fin de l’année vient un peu bousculer une vie politique rythmée par des rencontres de-ci de-là entre des acteurs, dont les plus remarquables appartiennent à ce que l’on appelle les 4 mouvances.
Le grand changement se produit dès le retour de la délégation de ce que l’on considère comme la convocation de la HAT par l’Union Européenne. L’objectif pour Bruxelles était clair : faire prendre par les autorités malgaches les décisions pour une sortie de crise consensuelle et inclusive, c’est-à-dire approuvée par les mandataires des 3 précédents présidents de la République et par Andry Rajoelina. Les mises en garde ont été nombreuses et variées contre une décision unilatérale d’une des quatre mouvances.
C’est apparemment tout le contraire qui se produit car Andry Rajoelina annonce l’organisation dans un très proche avenir de deux scrutins capitaux pour sortir de la crise. Est-ce susceptible de faire avancer Madagascar ou de nous enfoncer davantage ?
S’en sortir par un dribble solitaire ?
Andry Rajoelina justifie sa position par le fait que les discussions sous l’égide da la communauté internationale ne peuvent en l’état que conduire à une impasse. La décision consensuelle semble impossible à obtenir car l’amnistie générale exigée par les uns se heurte au refus catégorique des autres, pour des raisons trop longues à développer ici mais que les lecteurs connaissent bien car déjà exposées tout au long de cette crise. D’où le recours à un vote populaire, seule façon de connaître l’opinion du peuple souverain. Le vote aurait la vertu de trancher les divergences de point de vue.
Le référendum, présenté de cette manière, prendra les caractéristiques de plébiscite dans la mesure où ce sont des idées incarnées par des personnalités politiques qui seront soumises à la sanction des urnes. La Constitution qui sera présentée par Rajoelina ne peut que s’inspirer très largement des thèses défendues par ce dernier. La pression du temps et la focalisation sur les questions de personnes limiteront les débats approfondis sur la structure de l’Etat et de ses démembrements, et les discussions se limiteront aux techniciens qui mettront en oeuvre les grandes idées déjà mises en avant par la majorité des assises régionales : État unitaire avec une réelle décentralisation, 22 régions, régime présidentiel laissant la place à des pouvoirs du Parlement.... Et l’âge des candidats à la magistrature suprême laissera la place à la présence de Rajoelina.
La principale caractéristique de cette démarche est de court-circuiter les assises nationales et donc l’absence des trois mouvances à l’élaboration du texte. Au niveau de la démocratie formelle, les défenseurs auront beau jeu d’expliquer que la souveraineté du peuple est indiscutable après les votes ; cependant, il n’y aura aucun consensus fort sur le texte et le pays restera dans la tradition d’une Constitution jetable, chaque dirigeant de passage l’écrivant à son gré.
Passer le mur
Peut-il y avoir une véritable sortie de crise par cette voie ? Pour que la réponse à cette question soit positive, il faudrait que le système n’aboutisse pas à la fermeture aux trois autres mouvances au profit exclusif de celle d’Andry Rajoelina. Le pire serait une Constitution qui n’autoriserait à la candidature à la présidence de la République que les personnes ayant entre 30 et 60 ans, éliminant de fait tous ses adversaires [1].
Aux yeux de certains membres de la Communauté internationale, la meilleure solution serait qu’Andry Rajoelina ne se présente pas aux élections présidentielles. Cela éviterait de consacrer la prise de pouvoir par la force comme moyen d’accéder à la tête de l’État. De plus, la crédibilité des élections se trouverait particulièrement renforcée si la personne qui a la haute main sur l’administration pendant le processus électoral et qui domine la Transition ne pouvait être suspecté de détourner celle-ci à son profit.
Nous avons nous-même plaidé pour une telle solution qui permettrait de résoudre le casse-tête de l’amnistie. Ce serait un signe indéniable de courage et d’intelligence politique. Courage car si Rajoelina est sûr de l’adhésion de la population aux thèses qu’il a mises en avant, la victoire de sa mouvance aux élections suivantes, à commencer par les législatives, ne peut qu’en être d’autant plus éclatante. Intelligence car montrer sa capacité à prendre de la hauteur et à laisser ses adversaires s’exprimer ne peut que faire monter la côte du leader actuel de la Transition et conforter sa position à terme.
Les apparences laissent cependant penser que la vision à court terme l’emportera et que Andry Rajoelina ne résistera pas à la tentation de se présenter aux élections présidentielles.
Dans ce cas, ouvrir la voie à un vrai choix entre les courants d’opinion qui existent dans le pays, y compris les plus combattus par les partisans de la HAT, serait au moins un signe. Il ne faut pas que la question du retour rapide de Marc Ravalomanana au pays et de sa candidature aux élections soit court-circuitée. S’il est possible aux idées et aux hommes du précédent régime d’être adoptés par scrutin, une des sources possibles de contestation de fond aura été éliminée. Le scrutin aura été ouvert et sincère. Les positions des deux autres mouvances, Ratsiraka et Zafy, doivent être traitées de la même façon, en particulier si elles ont vocation à être soumises à référendum.
Rappelons que la crise a été profonde et due en particulier à des questions non abordées et donc non résolues dans le passé, en 2002 par exemple. Le réalisme veut que l’on reconnaisse que les partisans des présidents sortants ont droit à l’expression démocratique de leur position.





