Dans une allumette, il y a du soufre et beaucoup de bois. On pourrait reprendre la même image pour le bois de rose.
Les questions d’argent et de politique semblent davantage intéresser le grand public que les sujets relatifs à l’environnement, et le bois de rose fait par conséquent ces derniers mois les « Unes » médiatiques sur un mode plus sensationnaliste que scientifique. L’espèce bolabola en vient à éclipser à tort d’autres espèces précieuses apparentées, comme le palissandre ou le bois d’ébène, qui sont pourtant confrontées aux mêmes problématiques. Et si les constats sont généralement accablants, les propositions de solution sont plus rares.
Madagascar-Tribune.com avait essayé d’attirer l’attention il y a une vingtaine de jours sur le journal de Madagascar Conservation & Development. Mission réussie sur ce point là puisque certaines des annexes du dernier numéro (et plus précisément le texte de l’étude de Hery Randriamalala et Zhou Liu) commencent à faire parler d’elles.
On abordera cependant les chiffres avancés avec une certaine prudence, car les auteurs reconnaissent qu’ils sont calculés sur la base de certaines hypothèses, et quelques recoupements que nous avons pu faire nous amènent à penser qu’il ne faut pas toujours confondre mathématiques et réalité. Il reste que l’une des conclusions les plus troublantes de cette étude est que, même si la marge bénéficiaire des exportateurs serait de l’ordre de 75%, l’État demeurerait le premier bénéficiaire des exportations de bois de rose de 2009 avec la perception de 15 à 20 millions de dollars de taxes.
Alcool, tabac, armes à feu : les États du monde entier ont tendance à la schizophrénie [1] à force de collecter des taxes sur les produits dangereux. Obliger les fabricants à apposer sur les paquets de cigarettes un avertissement plus ou moins explicite sur les risques sanitaires ne pourrait cependant complètement dédouaner la puissance publique du fait de profiter très concrètement des volutes de fumée cancérigène.
En matière d’alcool, le dicton affirme « lorsque le vin est tiré, il faut le boire ». En matière de bois de rose, la question serait plutôt, lorsque les arbres sont abattus, que faut-il en faire ? Confiscation, taxation, mise aux enchères ?
La solution la plus efficace d’un point de vue strictement écologique serait de réduire les arbres déjà abattus en copeaux et d’épandre ensuite ceux-ci dans les forêts afin de les fertiliser... Doutons cependant qu’un gouvernement ait jamais le courage politique d’adopter une telle attitude, et mettons au défi quelque hypothétique bailleur de fonds de mettre en place des compensations financières à la hauteur des impacts qu’aurait une telle attitude sur les recettes fiscales et sur la balance commerciale...
Avant d’en arriver à cet utopique idéal, l’on se « contentera » donc de souhaiter qu’une véritable Loi mette fin à cette jungle de textes confus et contradictoire qui permet aux trafiquants d’être trop souvent relaxés au bénéfice du doute... Et comme l’on est enclin à penser que cette profusion/confusion de textes est plutôt volontaire, l’on espèrera que la future Loi restreindra strictement le champ du domaine réglementaire et prévoira des sanctions pénales lourdes pour les auteurs de décrets, arrêtés et circulaires contenant des dispositions contraires à ce qui sera prévu par la Loi.
Par ailleurs, comme l’on aura remarqué que la plupart des opérateurs contrevenants sont des entrepreneurs ayant également d’autres activités, l’on suggèrera que la loi réserve le commerce de certains bois à des sociétés n’ayant que cette activité comme objet social, ce qui permettrait de surveiller beaucoup plus efficacement comptabilités et flux financiers.







