Ah, ce fameux secret de l’instruction ! Que de problèmes nous vivons en son nom !
Fetison Rakoto Andrianirina fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour ne pas avoir répondu aux convocations d’un juge d’instruction. Mais il ne connait même pas la nature précise des possibles accusations qui pourraient être portées contre lui. Des avocats ne pourront avoir accès au dossier que s’il est formellement inculpé. Pendant ce temps, lui-même, la presse et le public doivent se contenter de s’entendre dire que l’on souhaite entendre Fetison Rakoto Andrianirina sur les affaires de bombes artisanales du mois de juin. Qu’y a-t-il de précis dans le dossier ? Impossible de le savoir.
Des journalistes sont arrêtés. Pour leurs confrères quasi-unanimes, il n’y a rien d’anormal à ce que l’un d’entre eux se soit trouvé à une heure très matinale à proximité d’un camp militaire pour tenter de recouper une information. Avoir été présent là à ce moment là pourrait même être à son honneur : aussi tentante que soit la chasse au scoop, un journaliste ne peut prendre au premier degré les révélations ou indiscrétions dont il bénéficie. On pourrait lui reprocher de ne pas avoir dénoncé un crime en préparation ? Les juges ignoreraient-ils qu’entre complicité et dénonciation calomnieuse, la ligne de démarcation est parfois étroite ? Il aurait eu entre ses mains des documents révélateurs de sa complicité ? Est-il besoin d’apprendre à messieurs les juges que tous les journalistes reçoivent des documents de toutes sortes, certains sérieux et respectables, d’autres farfelus ou suscitant l’indignation ? Est-il nécessaire de rappeler à nos magistrats que l’on n’inculpe pas tous les policiers ou juges qui eux aussi sont confrontés à des situations somme toute semblables ?
Alors, ces procédures judiciaires auxquelles les médias s’intéressent relèvent-elles du procès d’intention, de l’intimidation ? Faute d’accès complet au dossier, on ne peut que spéculer. Affaires Dreyfus, Outreau, Clearstream rappellent qu’en de telles circonstances, chacun se fait une opinion qui pourra se révéler fausse. Comme les journalistes revendiquent le droit à la discrétion de leurs sources, ils sont bien obligés aussi de reconnaître quelques vertus au secret de l’instruction. Mais ils ne peuvent se satisfaire des bribes d’information qu’on veut bien leur jeter en pâture et qui ne peuvent que donner l’impression que l’on veut tromper l’opinion dans un sens ou dans l’autre.
Il faudra bien un jour envisager la réforme de certaines dispositions de ce fameux secret de l’instruction.

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