Face à l’invitation du GIC pour une rencontre des 4 mouvances à Addis Abeba, Andry Rajoelina a répondu par un double message : d’une part il ne pourrait pas y être mais il proposait d’envoyer Camille Vital, Premier Ministre, pour une mission dans cette capitale, et d’autre part il a organisé un atelier national à Ivato au CCI (Centre de Conférence International) les 4 et 5 Mars 2010.
Avertissement. La lorgnette est cet instrument d’optique connu surtout par son « petit bout » mais qui en fait a aussi un bon bout. Elle permet d’observer un événement aussi bien dans ses détails mais aussi avec une vue d’ensemble avec un certain recul de l’observateur. Une observation de deux journées pleines permet de se faire une idée sans parti pris de ces assises en rapportant des détails pris sur le vif tout en essayant de décrypter l’événement. Ceci est donc un essai de relation neutre d’un événement malgré tout important. Important car, ou bien ce sont les catastrophes annoncées qui vont encore aggraver la situation de Madagascar ou l’espoir d’une sortie de crise pointe à l’horizon.
L’assistance. On a déjà parlé du nombre de personnes attendues et du grand nombre effectivement venu. L’impression générale au vu des participants est qu’il s’agit dans sa très grande majorité de cadres, hommes et femmes, cultivés et du genre à regretter le sort de Madagascar et qui trouvent dans cette occasion le moyen de s’exprimer sans s’asseoir sur le bitume ou d’agiter des slogans et des cris. Malgré l’éloignement relatif d’Ivato, ils sont venus et ont participé le plus assidûment aux travaux malgré la longueur des débats et les difficultés d’accès à la parole. La meilleure preuve de la recherche de solution est le fait que dans le choix entre Assemblée Parlementaire Constituante et Référendum constitutionnel ils ont proprement hué Alain Ramaroson, un des faucons de la HAT, lorsque celui-ci a tenté de proposer un espèce de plébiscite de Rajoelina. Les participants voulaient signifier que le plébiscite est une proposition primaire mais qu’ils voulaient accéder à un étage supérieur.
Soif de crédibilité. Les participants ont souvent eu l’occasion d’affirmer leur soif de sérieux et de crédibilité de ces assises. Cela semble répondre au souci des organisateurs sinon comment expliquer autrement les longues heures pour organiser et dépouiller le vote sur la seule question « référendum ou assemblée » ? alors que sur des questions sans trop de controverses, par exemple la nécessité d’un organisme autonome pour les élections, un vote à main levée suffisait. Mais pour ce qui est de trancher entre les deux modes d’adoption de la Constitution, beaucoup de questions de procédure sont apparues, puis appel nominatif des votants et dépouillement public pour aboutir à des résultats chiffrés les moins contestables possible. Mais c’était beaucoup, beaucoup de temps pris sur les débats. Ce choix d’une décision prise démocratiquement montre le désir de manifester que l’on n’est pas un pouvoir de la rue qui tranche suivant l’humeur et le savoir-faire des animateurs mais dans un monde susceptible de se plier aux règles parlementaires.
Organisation des discussions. Tout a été débattu en Assemblée générale et donc sans travail de commission. Saluons malgré tout la maîtrise de Horace Gatien pour recentrer le débat sur le thème choisi, faire taire ceux tentés de sortir du sujet, faire taire les braillards et les bavards. Saluons aussi Annick Rajaona navigant entre des contraintes contradictoires mais centrée sur son objectif de réussir ces deux jours. Bruno Rakotoarison du CNOE mérite aussi un coup de chapeau pour ses synthèses qui font avancer le débat. Ces trois personnes seront les révélations de ces journées : elles ne sont pas des personnes de premier plan mais de ceux qui travaillent quasiment dans l’ombre pour mettre au premier plan les questions de fond et qui savent organiser un débat sortant des meetings. Leur influence fera le malheur de ceux venus, et ils existent, qui voulaient dévier le débat sur leur sujet favori.
Feuille de route. C’était le sujet central soumis aux participants. Quels sont selon vous les décisions à prendre et dans quel ordre et à quelle échéance pour arriver à la quatrième république. Pas question donc d’exposer ses vues sur les responsabilités de tel ou tel pendant toute la crise. Implicitement (ou plus selon son affinité) comment les malgaches envisagent la sortie de crise par une solution inclusive sans passer donc par la case GIC ? Il n’y a pas eu une voix vraiment discordante sur le principe car tous étaient désireux de trouver une solution consensuelle pour fermer la longue parenthèse 2008/2009. Il y a eu débat, un très long débat bien que l’organisation des discussions ne faisait pas appel à la critique ou à l’enrichissement des apports des autres orateurs car chacun avait à coeur d’argumenter ses propres opinions. Dans ce sens tous les avis exprimés étaient apportés comme contribution. Les éléments constitutifs de cette feuille de route étant tellement connus, à savoir Constitution répondant aux voeux maintes fois exprimés, élections claires et transparentes, que les derniers orateurs se contenteront de proposer l’ordre des opérations de leur point de vue.
Les deux autres sujets, Code électoral et Conseil électoral indépendant, ayant véritablement souffert du manque de temps, ont été expédiés en proposant aux orateurs de remettre par écrit leur contribution. La résolution finale qui devait être signée par les participants volontaires a été un long exercice de rédaction à plusieurs de la motivation profonde de ces deux journées. Il n’y a pas eu au préalable un texte préparé à l’avance qu’il fallait entériner et la volonté de discuter a exigé encore du temps conduisant à une clôture des assises à une heure tardive.
Le déroulement des travaux n’aura pas échappé à la critique dont la première est le pêché originel d’avoir été conçu et organisé de façon « unilatérale ». Répondre à ce reproche n’est pas de notre rôle. Chacun garde sur la question ses convictions. Mais reconnaissons que des responsables ont aussi pour attribution de prendre des initiatives. Ont-ils mis en route pour convaincre sans exclusive les différents courants d’opinion ? Les divers regroupements de citoyens ont-ils été suffisamment préparés pour venir à Ivato, ceux des grandes villes comme ceux des petites communes ? Autant de questions qui en bonne logique servent à crédibiliser ou non ces assises qui se voulaient démocratiques.





