Alors qu’il était promis pour 20 heures sans faute, la télévision nationale et la radio nationale ont seulement ouvert le « débat » réalisé à Mahajanga six minutes après avoir fait patienter le public avec une brève et sommaire explication de l’origine du nom de Mahajanga. Sont alors apparus à l’écran, Andry Rajoelina, président de la Haute autorité de transition (HAT) et les deux journalistes animateurs de l’émission. Johary Ravoajanahary (attitré à l’émission présidentielle ?) et, non pas Onitiana Realy de la TV Plus mais, Mme France Rakotoarison, journaliste de M3TV (Mahajanga). L’émission a duré une heure et trente minutes et était agrémentée de questions des citoyens pré-enregistrées et auxquelles l’hôte de l’émission a apporté des réponses, en plus des questions posées par les deux journalistes présents sur le plateau improvisé sur une terrasse.
Une seule transition
Les questions politiques, économiques et sociales ont été évoquées au même titre que les maux qui minent la nation tel le bois de rose, le manque d’infrastructures sociales, l’inflation et les prix du carburant. Mais ce qui a étonné c’est que dans l’ensemble l’émission a dégagé l’impression que la crise était vraiment passée et que le pays est en chantier pour mettre en œuvre un programme, le programme de la transition Andry Rajoelina en quelque sorte. D’ailleurs l’invité de l’émission a déclaré qu’il n’accepte pas la mise en place d’autres structures de transition qui ne pourrait que prolonger cette période que tout le monde dit-il souhaite vivement être la plus courte. Que dire alors de la « future transition » à laquelle la CNOSC (Coordination des organisations de la société civile) appelle dans sa déclaration officielle ?
Dans cette optique, et en réponse aux questions des journalistes sur ces dates qu’il a fixées et qui chaque fois ont été reportées sine die, il laisse entendre que ce n’est pas sa faute mais celle des autres. Il y a bien sûr l’ingérence externe mais aussi les embûches créées par ceux qui n’ont pas de candidats aux élections, a-t-il affirmé. Quoi qu’il en soit, il maintient le cap, continue-t-il, et les échéances seront fixées par les « Raiamandreny Mijoro » et la société civile auxquels il a confié la mission de conduire la résolution de la crise. En tout cas, il s’agit d’une crise politique mais pas d’une crise des affaires nationales fait-il comprendre, car les affaires nationales marchent tant bien que mal en dépit des problèmes dont la suspension des aides et financements extérieurs.
Saisissant l’occasion d’une question relative à l’arrivée du médiateur dans la crise malgache, Joachim Chissano, Andry Rajoelina affirme qu’il n’a pas invité ce dernier et qu’il n’a su sa visite dans le pays que trois jours avant son séjour. Andry Rajoelina n’a pas insinué qu’il le recevrait en audience aussitôt qu’il rentrera dans la capitale. Au contraire, il a fait comprendre qu’il n’y a pas de crise à résoudre et que le problème doit être résolu entre Malgaches en toute souveraineté et au nom de la fierté nationale. Autrement dit, plus besoin de la communauté internationale qui a tout essayé mais qui a échoué ; et c’est une des raisons pour laquelle, dit-il, il a dissout sa mouvance et s’est désengagé de ces questions de mouvances ; il est aujourd’hui, au dessus de ces questions politiques de mouvances et il veut conduire rapidement le pays jusqu’à l’avènement de la 4e République. C’est à peine s’il n’a pas envoyé l’ancien président du Mozambique promener. Le consensuel et l’inclusif ne marchent plus, signifie-t-il à ses interlocuteurs ; il est en train de mettre en œuvre la transition neutre et c’est la raison pour laquelle il a annoncé qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle, réitère-t-il.
De l’ingérence pure et simple
Par rapport aux relations avec la communauté internationale, son message est clair. Il ne veut plus dépendre de l’extérieur ; il ne veut plus dépendre d’un pays, pour dénoncer la France implicitement. Il n’a pas manqué, suite à la question à propos du FIS que l’ambassadeur de France voyait d’un très mauvais œil, de monter sur ses grands chevaux, mettant de côté le fait qu’il avait demandé refuge auprès de l’ambassade de France lors des moments chauds de sa cavale en 2009. Andry Rajoelina a été ferme à l’égard des propos et comportements de l’ambassadeur de France, Jean Marc Châtaigner qui avait oublié le langage diplomatique lors de la célébration du 14 juillet à Ivandry et dont les propos étaient en plein dans l’ingérence dans les affaires internes du pays hôte, propos qui ailleurs ne pouvaient que provoquer des incidents diplomatiques. Le FIS n’est pas une milice. C’est grâce au FIS que le pays a évité des affrontements ou une guerre civile.
Pas de réconciliation car il n’y a pas eu guerre
Et dans la foulée, s’adressant sans doute à toutes les chancelleries représentées dans le pays et aux entités malgaches, surtout celles qui réclament le pardon et la réconciliation, Andry Rajoelina s’interroge si « les autres » sont prêts à demander pardon ?
Tout comme l’ancien président Marc Ravalomanana au plus fort de son règne, Andry Rajoelina n’admet pas et ne reconnaît pas qu’une réconciliation est nécessaire car il n’y a pas eu guerre ni bataille meurtrière dans le pays. Dans cette logique, il voit plutôt le problème comme un problème des seuls politiciens et de ceux qui ont maille avec la justice, donc un problème d’amnistie purement et simplement qui ne relève pas de lui mais qui dépend des politiciens et des résolutions du dialogue national ou de la conférence nationale. Il a promis qu’il donnera ses avis ou ses instructions ou davantage d’informations à ces sujets lorsqu’il interviendra ou lorsqu’il communiquera lors de cette conférence nationale. Pour l’instant, Andry Rajoelina conduit son chantier pour instaurer rapidement le changement en vue de fonder la 4è République.
Presse trop libre
N’osant pas posé lui-même la question ayant trait à la presse, Johary Ravoajanahary a fait parler un citoyen qui a dénoncé les journalistes ou les informations véhiculées par la presse, notamment la presse écrite, qui ont été qualifiées de mensongères. L’ancien DJ, créateur d’événements et « publiciste », donc proche des médias a davantage défendu les journalistes qui sont proches de lui, ses collaborateurs qui, de son point de vue, ne désinforment pas et n’induisent pas en erreur les lecteurs. Il avoue qu’ils sont nombreux les journalistes qui travestissent les informations. On ne sait pas vraiment où veut-il en venir mais il reconnaît que le problème réside aussi dans les informations véhiculées sur internet et il déclare qu’il y a trop de liberté ; jamais la presse n’a été aussi libre lâche-t-il. Ira-t-il jusqu’à imiter la Chine ? Qui pourrait l’en empêcher à ce rythme ?





