Devant un parterre d’invités et de personnalités de tous les horizons politiques, l’ambassadeur de l’Union européenne (UE), Jean Claude Boidin, a fait part de sa vive préoccupation par rapport à la situation à Madagascar. Il a dressé un tableau pas vraiment réjouissant mais inquiétant. Faisant référence à un récent déplacement à Ambatofinandrahina, il a cependant laissé comprendre que le pays profond vit quelque peu éloigné sinon à l’abri des chahuts des politiciens de la capitale et des grands foyers de discordes pour ne pas dire des luttes politiques des grandes villes.
« …dans un brouillard institutionnel… »
En tout cas, l’ambassadeur européen a évoqué les convictions du Commissaire européen, Louis Michel, lors de son passage dans le pays en 2006, selon lesquelles, « pour s’engager sur un chemin de gouvernance et de développement, un pays comme Madagascar avait besoin de plus d’Etat. Dans beaucoup de pays en développement, c’est la trop grande faiblesse de l’Etat, son manque de moyens économiques et de capacité juridique qui engendrent la corruption et qui rendent impossible l’exécution des fonctions régaliennes et la conduite d’une stratégie de développement ».
Voulait-il dédouaner l’ancien régime ou l’accuser de n’avoir pas su se donner les moyens de sa politique ? En tout cas, il avoue que l’ancien régime avait ses faiblesses, autant que les précédents ; et que l’UE n’a pas cessé de les relever. Mais l’ambassadeur s’interroge si les messages de Louis Michel ont été entendus car, de ses propres termes, Jean Claude Boidin affirme que « le pays flotte depuis plusieurs semaines dans un brouillard institutionnel et juridique ».
« Lorsqu’on émet des mandats sans arrestation, et qu’on procède à des arrestations sans mandat, lorsque les élus cèdent la place à des autorités de circonstance, lorsque les ordonnances remplacent les lois, lorsque les fonctionnaires ne savent plus à quel ministre répondre, et que chaque camp rêve de confisquer les moyens de communication de l’autre, il n’existe plus d’ordre social ni de repère auquel les citoyens puissent se référer ; il n’y a plus d’état de droit, et plus beaucoup d’Etat tout court », regrette-t-il en constatant les derniers événements telles les opérations militaires de saisie d’équipements audiovisuels ou les arrestations manu militari dans un grand hôtel de la capitale. En conséquence, soutient-il, « le développement, forcément, se trouve mis entre parenthèses ».
Déceptions
L’ambassadeur Jean Claude Boidin du reste n’a pas caché ses vives inquiétudes quand il voit, comme d’autres observateurs européens, perdurer et se raidir le conflit alors qu’ils s’attendent au dialogue. Il est d’autant plus inquiet quand il voit les rivalités de personnes prendre le dessus sur les débats d’idées ou quand il constate que les déballages et acharnements sur le passé sont en train de l’emporter sur les propositions d’avenir.
Quelque part, l’ambassadeur européen est déçu de la transition car les comportements sont loin des revendications qui avaient voici encore quelques mois, animé le mouvement de contestation. Mais il rappelle que : « chaque atteinte aux libertés, chaque dérapage influence négativement la perception de vos partenaires, et qu’une transition, ce n’est pas seulement un rêve de terre promise de l’autre côté du pont ; c’est d’abord la façon dont chacun franchit le pont et se comporte pendant le changement ». Pour dire en quelque sorte que les anciens opposants ont rangé dans les tiroirs les valeurs qu’ils ont prôné maintenant qu’ils sont au pouvoir et que c’est un autre esprit qui guide les comportements.
Recueilli par Bill




