Rebaptisé Place de la démocratie le 17 janvier 2009 et inauguré par celui qui était alors le maire de la capitale, Andry Rajoelina, le jardin d’Ambohijatovo a été par la suite fermé à toute manifestation à caractère politique. Son accès a été depuis réglementé voire verrouillé par le régime de transition ; tout comme celui-ci a transformé la place du 13 Mai devenue elle aussi désormais inaccessible à n’importe quelle manifestation à caractère politique. La Place de la démocratie est devenue propriété des gouvernants qui l’ont créée et qui ont fini par accéder au pouvoir ; c’est du moins la perception des opposants qui veulent maintenant les forcer à l’ouvrir aux autres acteurs de la vie nationale et non seulement aux acteurs de la vie religieuse ou de la jeunesse. Et au-delà de tous les arguments ou raisons présentées publiquement aujourd’hui par la mouvance Zafy pour avoir accès à ce site, il faut admettre que politiquement, l’objectif est de libérer cette place verrouillée par l’Administration de la transition. Déposer des gerbes ne devrait pas être l’objet de tout un tapage médiatique si les intentions n’étaient pas foncièrement politiques car cela ne devrait prendre que trois minutes tout au plus.
En tout cas, l’opinion publique en général n’est pas indifférente à l’initiative mais elle est très partagée. La majorité politiquement active n’est cependant pas dupe et elle attend de voir pour ne pas être prise en tenaille et subir les conséquences d’éventuelles escarmouches ou échauffourées alors même que les leaders du mouvement se prélassent loin des gaz lacrymogènes et coups de bâtons des forces en charge du maintien de l’ordre. Rares sont en effet les leaders de tels mouvements qui croupissent longtemps dans les prisons et il faut se dire que jusqu’ici, seuls les sous-fifres, les seconds couteaux et les acteurs anonymes ou les hommes de mains y séjournent longuement. Combien de fois, le Pr. Zafy a-t-il conduit de manifestations mais combien de fois, a-t-il été interpellé ? A-t-il jamais été déferré au parquet ? Combien de ses lieutenants ont-ils été incarcérés ou inquiétés pour atteinte à l’ordre public ?
Il n’empêche que la réouverture de la place de la démocratie ou à la rigueur la consécration d’une autre place pour accueillir librement tous ceux qui souhaitent partager leur opinion ou leur point de vue a un sens ; l’existence de cet espace de liberté publique est nécessaire pour éviter les descentes dans la rue et servir de soupape de sécurité et d’espace d’écoute aussi.
Pety Rakotoniaina s’est certainement assagi quelque part ; il disait tout récemment que la leçon qu’il a tiré de tout son parcours c’est qu’il faut savoir écouter son vis-à-vis. Mais a-t-il jamais écouté ses proches collaborateurs lui aussi quand ces derniers lui ont rappelé qu’en son temps, il avait pris des engagements envers ses créanciers mais qu’il feint maintenant d’ignorer ?
Le vent de liberté qui a soufflé à l’époque a été détourné sinon comprimé au détriment et au grand dam des nouveaux opposants. L’ancien Premier ministre Monja Roindefo en sait quelque chose. Les partisans de l’ancien régime en sont témoins : expulsés du Magro Ankorondrano, ils sont réduits à se confiner au Magro Behoririka – encore heureux que le pouvoir en place les laisse faire pour se donner une image de démocratie en respectant la liberté de réunion et d’opinion.




