La sagesse commence par la peur du gendarme, dit-on. Et tant pis si le mot évoque surtout pour certains les films de Louis du Funès et pour d’autres les conférences de presse d’un Richard qui l’est plus par son prénom que par le partage du nom de famille avec quelqu’un d’autre qui l’est vraiment.
Au vu de l’état de l’État (j’espère que les correcteurs me pardonneront cette figure de style typographique), cette peur du gendarme est plus nécessaire que jamais. Et si pour l’automobiliste, il est logique de rouspéter face à l’agent qui le verbalise parce que la ligne jaune qu’il a franchie apparait depuis longtemps délavée par la pluie et le passage d’innombrables roues, l’agent qui confisque les papiers et signe le procès-verbal n’en a pas moins raison, jusqu’à preuve du contraire validée par les tribunaux. Et la survie à long terme de notre société passe immanquablement par le maintien de ce principe.
Les personnes que l’on accuse de naïveté parce qu’elles estiment nécessaire pour résoudre certains problèmes de remettre les textes réglementaires à plat, sont donc en droit de rétorquer à leurs détracteurs qu’eux mêmes se font complices d’un affreux laisser-aller. Sans moyen de pression clair de la part du gendarme, il est impossible d’avoir un semblant d’ordre. Sans lourdes sanctions prévues par les textes, chacun continuera à n’en faire qu’à sa tête. Se vouloir consensuel et inclusif a quand même quelques limites.
À Madagascar, on a longtemps fait mine de croire que la perspective de l’ampamoaka et la peur du ridicule suffiraient à décourager les mauvais comportements, et que l’on pouvait se contenter de textes flous et vagues. Les 40 dernières années auront démontré que lorsque les textes ne déterminent pas clairement à chaque étape les responsabilités de chacun et les lourdes sanctions encourues, les « ordres venus d’en haut » faisaient figure de bouclier sacré.
Le droit donc, rien que le droit, mais la nécessaire rénovation ne pourra venir que progressivement et du sein de Madagascar. Mercredi, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a fait mine de faire comme d’habitude à l’issue de sa réunion sur Madagascar. « Profonde préoccupation face à la persistance de l’impasse dans le processus de mise en oeuvre des Accords de Maputo », réaffirmation de « toutes ses précédentes décisions sur la situation à Madagascar, notamment les décisions prises [...] relatives à l’imposition de sanctions ciblées », j’en passe et des meilleures. Si le sujet n’était pas si grave, l’on serait en droit d’en sourire.
Le Tchadien Idriss Déby Itno accueille son ex-meilleur ennemi, le Soudanais Omar el-Béchir, en déclarant ouvertement avoir l’intention de ne pas exécuter des mandats d’arrêt internationaux pour crime de guerre, crime contre l’humanité et génocide. Il n’est donc plus nécessaire de démontrer longuement que le droit international reste lui aussi et à certains endroits, régi par la loi de la jungle. Ceux qui ont tout parié dessus il y a quelques mois n’auront réussi qu’à gaspiller le temps de la Nation et à écorner passablement leur propre crédit. Certains ont été vertement accusés de tiédeur pour avoir estimé que les sanctions ne marcheraient pas et que la sortie de crise ne pouvait passer que par des négociations sur des bases réalistes : ce n’était pas de la tiédeur, c’était du réalisme.
Le temps est plus que jamais à la négociation donc, et à la négociation sérieuse. En gardant à l’esprit que dans une négociation, il est judicieux d’utiliser à la fois la carotte et le baton, tout en gardant des cartouches en main. La communauté internationale avait perdu des moyens d’influence en décidant de suspendre un grand nombre de financements ; elle ne doit pas les perdre une nouvelle fois en les remettant en place sans discernement. Et l’on espère surtout de l’introduction de la société civile nationale dans ce nouveau round de négociations qu’elle empêchera les politiciens de s’entendre comme larrons [1] en foire.





