Comme beaucoup d’entre vous sans doute, j’étais « explosé de rire » en découvrant le truculent éditorial de Ndimby [1] narrant comment le fluet Rafidy, 1m50 non courbé, arrive par son timbre de voix à se faire passer pour Arnold Schwartzenegger, champion du monde de culturisme.
Mystère
D’un strict point de vue sécuritaire (ne me faites pas dire ce que je ne veux pas dire), choisir un Fidy comme cerbère n’est pas la plus mauvaise solution. Dans une stratégie défensive, on peut se permettre de « péter plus haut que son postérieur » à condition de savoir entretenir savamment le doute. Le gringalet Fidy détient-il dissimulé dans sa manche un Beretta 9 mm, dans son jardin un sabre et un nunchaku avec lesquels il s’entraîne tous les soirs, ou tout simplement a-t-il une ligne directe avec son pote Daddy, accessoirement capitaine au sein des troupes d’intervention de la gendarmerie de la circonscription ? Nul ne le sait, et ses fausses confidences permettront rarement de percer le mystère.
À une toute autre échelle, la diplomatie de certains pays relève de la même logique. Pendant la guerre froide, la stratégie de dissuasion française jouait de l’ambiguité sur les éléments qui pourraient pousser l’état gaulliste à déclencher le feu atomique. La France se réservait de manière tout à fait arbitraire le droit de réagir de façon imprévisible et éventuellement disproportionnée face à toute menace. La bombe pourrait-elle être utilisée même si le territoire français n’était pas directement menacé ? Le grand Charles ne répondait pas, alors que ses successeurs ont aujourd’hui tendance à être plus diserts [2]. La Corée du Nord et l’Iran ont poussé encore plus loin cette attitude, que l’on pourra facilement qualifier de stratégie de terrorisme [3].
Fanfaronnades
Il me semble que le monde malgache se trouve particulièrement déconcerté face à de telles pratiques, pour la simple raison qu’on y parle beaucoup. À trop fanfaronner, aucune menace n’y est prise véritablement au sérieux, et on en arrive même à une culture où les risques sont délibérément ignorés ou sous-estimés.
Avouons pour notre part qu’avant Mars 2009, nous n’aurions jamais imaginé un basculement purement militaire. Et nous étions persuadés qu’une solution raisonnable de compromis serait trouvée avant la suspension de l’AGOA. Et bien non, mauvaise analyse.
Alors aujourd’hui, on est tout à fait en droit de ne pas apprécier l’attitude de Andry Rajoelina qui ressemble furieusement à une fuite en avant, et de dire dans le même temps à ses adversaires qu’ils doivent arrêter de le sous-estimer. Que cela nous plaise ou non, il y a une certaine logique derrière tout cela, et il est obligatoire de chercher à rapprocher les deux logiques dans l’intérêt de l’ensemble de la population.
Dès septembre 2008, les signes d’une dangereuse crispation politique étaient particulièrement visibles. Dans ce contexte, je me désolais que l’opposition de l’époque ait choisi de ne pas participer aux dialogues présidentiels. Certes, se faire entendre par un Marc Ravalomanana dans ce qui ressemblait plutôt à un monologue n’était pas facile, mais il fallait prendre le risque d’assumer ce challenge.
Les situations sont aujourd’hui renversées. À son tour, Andry Rajoelina a commis l’erreur de sous-estimer son opposition. Celle-ci sera-t-elle capable de se montrer plus intelligente et ne pas miser exclusivement sur la perspective de sanctions ?
Les susceptibilités sur le nom de la puissance invitante ou sur le lieu et la date de réunion apparaissent en tout cas aujourd’hui largement dépassées par rapport à la réalité vécue dans le pays. Et la remarque est valable tant pour l’ensemble des forces politiques malgaches que pour la communauté internationale.
Arrêtons de sous-estimer les gringalets. Même s’ils auraient été mieux inspirés de jouer la discrétion [4] plutôt que de parader à Mahamasina au lendemain du 17 mars.

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