« Le Pape, combien de divisions ? », demandait ironiquement Staline quand on lui faisait part d’un éventuel désaccord du Saint Père sur ses méthodes.
Devant l’utilisation abusive de l’expression « peuple » par les supporters de Andry Rajoelina, on serait tenté de reprendre cette expression à notre compte. « Le 13 mai, combien de citoyens » ?
La définition du citoyen est très simple : il s’agit de celui (ou de celle) qui jouit de ses droits civiques. Par conséquent, le citoyen n’est pas un mineur, et le citoyen n’est pas un repris de justice. A voir l’âge des personnes qui se déversent chaque jour sur la Place du 13 mai, mais aussi les mines patibulaires de certains, on est en droit de se demander si tous sont des citoyens. Or le citoyen est l’élément de base de la vie de la cité. Toutefois, on admettra que la très grande majorité de ceux qui sont sur la Place du 13 mai le sont bel et bien. La véritable question concerne donc plutôt le nombre de personnes présentes. Car à force d’entendre la propagande TGV-iste, on risque de croire que les 19 millions de malgaches sont sur la Place du 13 mai.
La « mesure »
Sur le schéma ci-dessus, pris à partir d’une vue aérienne de Google Earth ©, on constate que l’Avenue de l’Indépendance fait environ 75 mètres de large sur 500 mètres de long. Les repères sont la Gare à l’Ouest, et le monument de Ralaimongo à l’Est (quadrilatère AFGL). Cela représente 37.500 mètres carrés, ce qui représente l’hypothèse haute : toute l’avenue de l’Indépendance est remplie.
L’hypothèse moyenne se base sur une foule comprise entre le CCAC et l’Hôtel de France, soit le quadrilatère BEHK qui fait 270 mètres de long, pour toujours 75 mètres de large. Dans cette hypothèse, la superficie correspondante serait de 20.250 mètres carrés.
Enfin, dans l’hypothèse basse, nous considérons l’espace juste devant la place du 13 mai, soit le quadrilatère CDIJ, qui fait 100 mètres de long pour 75 mètres de large, et donc une superficie de 7.500 mètres carré.
Si on considère que raisonnablement, il y aurait une densité de 4 personnes au mètre carré (hypothèse où toutes les personnes sont debout), on aurait alors les nombres suivants.
- Hypothèse basse : 30.000 personnes
- Hypothèse moyenne : 81.000 personnes
- Hypothèse haute : 150.000 personnes.
Bien entendu, l’exactitude de ces chiffres doit être affinée en fonction de plusieurs paramètres. Mais l’objectif est de démontrer qu’au grand maximum, les rassemblements populaires sur l’Avenue de l’Indépendance ne peuvent accueillir plus de 150.000 personnes. Or, on sait également qu’il n’y a jamais eu depuis le début de cette crise une affluence correspondant à l’hypothèse haute. De plus, la densité de 4 personnes au mètre carré change si les gens sont assis, ou si l’assistance est clairsemée. Par conséquent, cette évaluation de 150.000 personnes par rassemblement est vraiment un effectif théorique, mais jamais atteint. Il est même probable que les 30.000 n’aient été que très rarement atteints, et que la véritable affluence se situe normalement entre 3.000 (voire moins) et 10.000 personnes.
Le populisme ou le « vahoakisme »
Les dernières élections présidentielles du 3 décembre 2006 faisaient état de 7.317.790 inscrits dans le pays, et 1.481.041 inscrits dans la région Analamanga (qui comprend aussi des districts très éloignés comme Andramasina, Anjozorobe et Ankazobe). 150.000 personnes, cela représente 2% des électeurs malgaches et 10% des électeurs de la région Analamanga. Ou encore 0,8% de la population malgache totale qui est de 19 millions de personnes. Ainsi, quel que soit l’argument que l’on pourrait opposer à cette démonstration (par exemple le fait que des manifestations ont aussi lieu en Province), personne ne pourra prétendre que la foule de manifestants représentent « le peuple ».
Toutefois, si cette vision populiste a pris racine, c’est la faute de gens comme Albert Zafy, Marc Ravalomanana ou Andry Rajaoelina (ainsi que leurs cliques respectives), qui ont considéré que c’était une bonne idée de créer cette équation. On est donc en bon droit de déplorer qu’un homme censé être « l’homme nouveau du renouveau » applique les mêmes vieilles méthodes détestables. On ne fait pas de nouveaux meubles avec de vieilles planches.





