Comme à l’habitude, l’interview de Andry Rajoelina réalisée à Mahajanga était faite en faux direct. Au sens propre mais aussi au sens figuré. En fait, la chronologie des images communiquées par la direction de la communication de la Présidence de la HAT laisse penser que l’émission a été enregistrée très tôt le matin du samedi 24 juillet.
Quoi de plus logique que dans ces conditions, Andry Rajoelina ait évité soigneusement de commenter de trop près l’actualité immédiate, et notamment la visite de Joachim Chissano, sous peine de risquer de se retrouver complètement décalé par rapport aux évolutions des faits au moment de la diffusion de l’émission ? Un brin banale sur le contenu, la prestation d’Andry Rajoelina était avant tout un exercice de style destiné à faire passer l’image d’un Président à l’aise dans ses espadrilles, et qui ne souffrirait pas trop d’une mise entre parenthèses au profit de son Premier ministre et de son gouvernement.
Cette carte, Andry Rajoelina la joue depuis un certain temps, mais elle n’a jamais été aussi évidente que lors du dernier week-end. Et elle a été jouée avec un certain succès, car de toute évidence, la pression a été maintenant reportée sur les trois mouvances. Il ne fait guère de doute que Joachim Chissano va recommander à la communauté internationale d’appuyer le processus « malgacho-malgache » initié par des organisations de la société civile, et que les mouvances courent le risque de voir le courroux de l’opinion se reporter de l’« unilatéralisme » des uns vers le « négativisme » des autres.
L’« unilatéralisme » subsiste, dans la mesure où il n’est pas question pour Andry Rajoelina de remettre en cause sa propre présence. Mais l’action du pouvoir vise à démontrer que si retard dans la sortie de la Transition il devait y avoir, il faudrait désormais l’imputer aux trois mouvances qui mènent un combat d’arrière garde et misent sur l’accumulation de conditions préalables formulées auprès de la communauté internationale pour s’adjuger des moyens de contrôler les élections futures.
On peut trouver beaucoup à redire sur le processus imaginé par la société civile, se poser des questions sur son caractère représentatif, s’alarmer de l’appétit de certains de ses membres sur les per diem financés par l’argent public aujourd’hui, par la communauté internationale peut-être demain... Il n’empêche : à partir du moment où les acteurs de cette initiative ont démontré une certaine capacité à faire des concessions mutuelles en leur sein, l’intérêt qui y est porté par la communauté internationale place les chefs des trois mouvances sous pression de mettre leurs exigences préalables entre parenthèses et de s’inscrire dans le processus sous peine d’être taxés de « négativistes » et de s’exclure durablement de la vie politique malgache.
L’on se souvient que c’était la mouvance Ratsiraka qui avait imposé le sujet de l’amnistie comme premier point d’ordre du jour des négociations entre les quatre mouvances, et que les discussions avaient rapidement abouti au principe de l’acceptation de toutes les candidatures aux élections, alors même que les médiateurs internationaux avaient plaidé au départ pour le retrait volontaire des chefs de mouvance des élections présidentielles. Ce point sera sans aucun doute l’un des sujets les plus discutés lors d’une possible future concertation nationale, suscitant une certaine délectation chez celui qui est d’ores et déjà un peu en vacances.





