Pendant l’époque de Ravalomanana, j’avais dénoncé en son temps le rattachement systématique des organismes d’État directement à la Présidence de la République. Parmi ces organismes (ou agences), on peut citer le Bianco, l’EDBM, les PIC…… La dépendance directe de ces organismes à la Présidence permettait de maîtriser complètement, sans aucun contrôle du Parlement ou autre Cour des comptes, les aspects politiques et surtout la gestion budgétaire de ces organismes.
Le pouvoir actuel, décidément prêt à relever le défi du « on va faire pire », va encore plus loin, très, très loin, dans son désir de vouloir tout contrôler, et d’autant plus qu’il n’y même plus de Parlement, même si celui-ci était juste une chambre d’enregistrement. Il entend créer une agence qui, d’après le projet de décret de création, permettrait de disposer de l’argent de l’État, sans limite et sans contrôle.
La HAT a donc l’intention de mettre en place l’Agence du Développement Économique et Social de Madagascar, ou ADESM, par simple décret. Quand on examine un peu le projet de décret, on s’aperçoit que l’ADESM va, ni plus ni moins, avoir le rôle de tous les organismes existants (genre EDBM, PIC, agence pour la lutte contre le Sida,..), mais aussi, et carrément, se situer au-dessus de la Primature et des ministères importants dans le domaine économique et social, tels que les ministères du budget, de l’économie, des finances, de la santé, des télécoms,…. Tout ceci évidemment hors de tout contrôle à priori ou à postériori de la Cour des Comptes ou de l’Inspection Générale de l’Etat. L’ADESM ne rendra compte qu’au Président de la Transition.
Je remarque au passage qu’en précisant « le Président de la HAT », le projet de décret pourrait dire deux choses :
la HAT est tout sauf un pouvoir de transition, ou
l’ADESM est juste créée pour servir le Président de la HAT et son entourage.
Je pencherai plutôt pour la seconde hypothèse. Pour moi, Rajoelina (s’il signait ce projet de décret) et son entourage, entendent faire ce qu’ils veulent de l’argent de l’État (donc du peuple), sans avoir à rendre compte à quiconque. Dans ce cas, pour eux, l’argent de l’État serait comme leur propre denier. On en fait ce que l’on veut, sous couvert d’un organisme au nom pompeux et trompeur : « développement économique et social de Madagascar ».
Que l’on le veuille ou non, cela s’appelle un détournement des deniers publics, et pire, par bande organisée.
Du point de vue de la hiérarchie des textes (inutile d’essayer de penser que les auteurs d’un tel texte y aient pensé), je ne suis pas sûr qu’un décret qui crée un organisme qui aurait plus de compétences budgétaires que le ministère du Budget, soit au dessus des lois qui définissent les règles budgétaires de l’État. De toute façon, les initiateurs de ce projet ne pensent qu’à l’urgence d’aller détourner l’argent public, avant que la situation ne se retourne. C’est se moquer du peuple que d’essayer de lui faire croire qu’une telle agence penserait, un seul instant, au développement économique et social de notre pays.
Je ne demande pas à Andry Rajoelina d’avoir des compétences dans le domaine des lois, règles et procédures de la gestion du budget de l’État, mais au moins, il doit bien y avoir dans son entourage, quelqu’un qui les connaît un peu et qui le mettra en garde contre la création d’un organisme officiel de détournement des deniers et biens publics.
Le Premier ministre et tous les ministres de la HAT devraient aussi y penser à deux fois, car si ce décret était adopté, le Gouvernement et donc de facto les ministères, ne serviraient à rien. Par conséquent, non seulement le PM et tous les ministres seraient au chômage, mais en plus ils seraient complices de la mise en coupe réglée de notre pays. Dans ce cas, mesdames et messieurs, peut-être que vous prendriez vos responsabilités ?
Le SEFAFI, qui n’arrête pas de dénoncer, et depuis toujours, la non transparence dans la gestion publique, va certainement monter au créneau. Toutes les représentations étrangères, qui continuent à soutenir financièrement de près ou de loin ce régime, devraient également surveiller l’utilisation des deniers publics de leurs propres concitoyens.
Je commence à être convaincu, de plus en plus, que la HAT ne veut pas sortir de la crise, afin de pouvoir continuer à dépouiller notre pays, du peu de bien dont il dispose.
Georges Rabehevitra





