Il est sans doute trop tôt pour faire complètement l’analyse de cette longue interview du mercredi 16 décembre d’Andry Rajoelina face à deux journalistes que l’on commence à connaître dans ce genre d’exercice.
Joli coup ?
L’exercice semble avoir été longuement réfléchi pour faire face à une situation exceptionnelle caractérisée surtout par une rupture du « dialogue » entre quatre mouvances, dialogue mis en branle laborieusement par le GIC représentant de ce qu’on appelle la Communauté Internationale (CI). L’aspect le plus spectaculaire est cet « exil » qui ne dit pas son nom de 24 personnalités malgaches à Maputo puis en Afrique du Sud. La situation devient de plus en plus invivable et nous savons par exemple que dans les milieux économiques, des organisations professionnelles commencent à se concerter sérieusement pour manifester leur colère et leur indignation face à leur vécu et les sombres perspectives redoutées. On parle de trêve des impôts en soulignant que trêve n’est pas grève.
Le coup se distingue des précédents en incluant dans la salle d’interview de nombreux spectateurs qui se comporteront sagement, et même trop sagement à un point tel qu’un des journalistes, un rien obséquieux, a dû solliciter leur applaudissement à la fin de l’interview. Un peu comme à l’accoutumée, Andry Rajoelina a fait de longues tirades sur son patriotisme opposé au non-patriotisme de certains. Il a même sorti un assez long passage de Corinthiens pour parler de l’amour selon Jesosy ( nom de Jésus pas très catholique et pas très FJKM qui eux préfèrent Jesoa).
Improvisation en cours
Sur le fond nous serons gâtés car au spectacle s’est ajouté le fond qui est l’annonce des élections pour le 20 mars 2010. Pourquoi nous disons « improvisation » ? Nous allons en effet au devant d’une période où beaucoup de questions attendent leur réponse. Cette élection des futurs députés qui auront à élire un Premier Ministre et voter la Constitution de la IVè République sera pilotée par un CENI Conseil Electoral National Indépendant dont la composition et les pouvoirs sont à découvrir. Combien de députés à élire ? de l’ordre de 300 ou plus proche de 75 ? Les gens raisonnables pencheront pour une moyenne de 3 ou au plus 4 par Région. On verra. Dame Cyclone osera-t-elle intervenir pendant une période électorale que l’on prévoit chaude ?
L’accès aux médias publics est prévu ouvert et équitable. Ce qui paraît difficile à imaginer au vu des habitudes des chaines audiovisuelles publiques. Mais bien des aspects du code électoral à mettre en place sont encore dans des dossiers non révélés. Pour les états majors ce sera la course contre la montre. Car pour pouvoir peser dans ce Parlement il faut dès ce matin préparer les alliances mais pas se réveiller après la proclamation des résultats.
L’accueil de la population
Comment ces décisions seront accueillies. Il est à prévoir que dans l’immédiat les cris d’indignation ne manqueront pas car ce sont des décisions unilatérales. C’est un court-circuit des débats au sein des membres de la HAT, des mouvances et de l’opinion publique en général. Mais c’est aussi un joli coup car la voie des urnes est fondamentalement démocratique et mille fois meilleure que des discussions de la bande des 4 mouvances. Mais nous allons surtout assister à une foire de candidats et de partis qui voudront conquérir les faveurs des électeurs. La Communauté Internationale devra se précipiter pour prendre la mesure de la situation. Une annonce aussi claire d’échéances électorales doit peser très lourd dans l’appréciation de la situation. Madagascar ne sollicitera pas une aide budgétaire pour cette opération. La CI en principe ne pourra qu’enregistrer avec une certaine satisfaction ce scénario de sortie de crise. Le report en début d’année de la prochaine mission du GIC est-elle alors un hasard calculé ou bien véritable ? Car disons que ce report est opportun.
Sourire
Peut on sourire d’espoir ? Dernière question pour conclure provisoirement. Chaque jour fera l’objet d’examens scrupuleux pour savoir si nous nous approchons de la fin de cette crise. Les paris sont ouverts. Comme Ndimby et Patrick nous aimerions avoir une boule de cristal pour savoir si les optimistes vont gagner contre les pessimistes ou vice versa. Soyons patients et zen.





