Bon gré mal gré, et même si elle n’a jamais été totale, le trêve des confiseurs se poursuit.
Les juges poursuivent leur grève, suivis par d’autres corporations portant leurs revendications propres ; mais les hommes et femmes politiques seront restés relativement prudents et discrets pendant ces deux dernières semaines. L’on aura notamment noté deux points : les ultimatums qui avaient été fixés avec une date limite au 31 décembre pour la libération des prisonniers politiques n’ont pas encore été suivis d’effets visibles, et il a été confirmé que le NOTAM contre Marc Ravalomanana avait été discrètement levé, mais que cela ne devrait pas changer grand chose.
Un simple pronom
Autre fait significatif, l’utilisation dans des communiqués gouvernementaux d’un pronom indéfini à la place d’un pronom défini : il aura suffi de lire que la session parlementaire allait discuter « d’une structure nationale indépendante dénommée Commission électorale Nationale indépendante pour la Transition (CENI) » et non pas discuter « de la CENI », pour que l’on comprenne que l’on allait bien dans le sens d’une refonte complète de cette institution, et non pas dans celui d’un simple replâtrage. Au final, il n’y a pas non plus d’assurance que cela changera grand chose, mais si l’apaisement peut se bâtir à partir de petits pronoms, pourquoi s’en priver ?
Les artificiers sont cependant, eux, déjà de rentrée avec le retour des bombes artisanales, ou plutôt des fausses bombes artisanales, avec une alerte à la bombe dans une agence bancaire qui a mis hier en émoi la capitale.
Vulgaire tentative d’extorsion de fonds effectuée par des petits malfrats, ou agitation politique fomentée par un des groupuscules (du pouvoir ou de l’opposition) entendant peser sur l’échiquier à partir de l’ombre ? Il est sans doute un peu tôt pour trancher, mais cela semble hélas confirmer un fait déjà constaté dans les crises précédentes : dans le domaine de la délinquance, la fonction de « département recherche et développement » est fréquemment assurée par une marge de la classe politique ; mais comme il ne peut y avoir de brevets en la matière, la vulgarisation des techniques auprès de tous les professionnels du « métier » est inévitable et le plus souvent irréversible.
Si la véritable classe politique (ou celle qui prétend l’être) a été relativement discrète cette semaine, cela ne devrait pas être le cas dans celle qui va suivre. Sont annoncées une session parlementaire, une cérémonie de voeux chez Albert Zafy, et pas moins de 4 cérémonies de voeux du côté de la présidence de la Transition. L’on aura ainsi l’occasion de scruter avec intérêt les présences et les absences ; en tout cas, les occasions de s’exprimer ne vont pas manquer pour les uns et les autres.
Reste à savoir si les petites phrases seront explosives ou non, d’autant qu’en cette saison particulièrement humide, les pétards sont facilement mouillés.




