L’on ne peut qu’être frappé du fait que, trois ans après les événements de 2009, beaucoup d’énergie reste encore consacrée à tenter de persuader de leur nature. Émissions de radio ouvertes au public et forums internet sont toujours déchirés par des protagonistes rivaux obsédés par la question qui tue : était-ce un coup d’État contre un respectable Président démocratiquement élu ou un mouvement populaire spontané contre un dictateur au pouvoir ?
Essayer de tourner la page
Au risque de briser le passe-temps favori de certains, l’on peut dire qu’une réponse peut d’un coup devenir évidente, à condition d’accepter de changer légèrement la question. Et aussi bien Marc Ravalomanana qu’Andry Rajoelina ont clairement déjà répondu à la place des forumistes à cette question amendée.
Car la réalité est très simple : lorsque l’homme au pouvoir déclare qu’il est temps de redonner la parole au peuple, c’est une reconnaissance de fait qu’il avait confisquée ladite parole. Aussi bien Marc Ravalomanana qu’Andry Rajoelina ont appelé à des élections urgentes (référendum pour le premier, élections législatives pour le second) : il y a là un aveu, en demi-teinte mais réel, qu’ils ont chacun foulé aux pieds les droits démocratiques du plus grand nombre.
Le débat sur l’existence d’un coup d’État et/ou sa légitimité devrait donc être clos, car il n’a plus vraiment lieu d’être. L’énergie devrait plutôt être consacrée aujourd’hui à trouver et surtout à concrétiser une manière satisfaisante de redonner cette fameuse parole volée au peuple.
Situation d’étiage
Malheureusement, la Feuille de route est dans une situation délicate (et c’est un euphémisme de le dire...). Plus que jamais, chacun l’interprète à sa façon, ne lit et parfois ne fait mine de comprendre que les articles qui l’arrange. Entre ceux qui voudraient quasiment que l’amnistie ne touche que les infractions au Code de la Route et ceux qui en sont encore à protester de leur parfaite innocence, ce qui tient lieu (d’absence) de dialogue en deviendrait presque comique. La progression de la Feuille de route en devient aussi lente et sinueuse que le flot de la rivière Mahajamba à la saison sèche.
Est-ce pour cela qu’Omer Beriziky a choisi d’inaugurer un pont sur ladite rivière ? A-t-il eu conscience de la coïncidence entre le fait qu’il a inauguré le pont le plus long de Madagascar et celui qu’il aura à tenter d’achever la transition la plus longue du même pays ?
L’on peut en tout cas douter que ce soit la pudeur face à un constat aussi gênant qui ait poussé Andry Rajoelina et tous les habitués d’Ambohitsorohitra à s’abstenir d’être présent... De toute évidence, l’inauguration de Vendredi avait pour principal but de permettre aux représentants de l’UE et de ses pays membres d’adouber Omer Beriziky en interlocuteur clé. Et ce dernier avait besoin d’eux, car avec leurs Euros, ils peuvent peser au moins aussi lourd que la SADC pour tempérer les uns et les autres. Il ne faut pas alors s’étonner que le discours d’Omer Beriziky (en pièce jointe) donne la curieuse impression d’avoir été avant tout rédigé par un fin connaisseur des motivations de la diplomatie européenne...
Les flots apportés par l’UE seront-il cependant suffisants pour remettre la barque à l’eau ? Au vu des étranges manœuvres se tramant dans les autres institutions, il y a de quoi craindre que non, à moins qu’Omer Beriziky ne reçoive bientôt une autorisation implicite à forcer le destin. Nous aurons vraisemblablement l’occasion d’y revenir demain.




