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samedi 11 avril 2026
Antananarivo | 10h18
 

Politique

Conjoncture

Bras de fer tendu entre le Colonel Michaël et la GEN Z

samedi 11 avril | Mandimbisoa R. |  235 visites  | 2 commentaires 

Vendredi, de nouvelles manifestations de jeunes dans la capitale ont ravivé les tensions entre le pouvoir en place et une frange contestataire de la jeunesse malgache. Ce rassemblement, certes moins massif que celui du 25 septembre dernier, marque néanmoins une étape importante dans la dégradation des relations entre le régime du colonel Michaël Randrianirina et ceux-là mêmes qui avaient contribué à son accession au pouvoir. Ce face-à-face de plus en plus assumé prend aujourd’hui les allures d’un bras de fer politique entre un chef de l’État déterminé à imposer sa vision et une génération qui refuse de renoncer à ses attentes.

À l’origine de cette nouvelle mobilisation se trouve un profond sentiment de désillusion. Les jeunes dénoncent une transition qui, selon eux, n’a pas répondu aux aspirations exprimées lors des soulèvements de septembre. Ils contestent notamment la manière dont la refondation institutionnelle est conduite, estimant qu’elle manque de transparence et d’inclusivité. La persistance d’institutions qu’ils jugent inefficaces, ainsi que l’absence de concertation nationale réelle, ont progressivement alimenté leur frustration et motivé leur retour dans la rue.

Face à ces revendications, le pouvoir oppose une fin de non-recevoir claire. Lors d’un récent déplacement à Fianarantsoa, le colonel Michaël Randrianirina a affirmé que la destitution d’institutions telles que la Haute Cour constitutionnelle (HCC) ou l’Assemblée nationale n’était pas à l’ordre du jour. Selon lui, ces instances ont précisément permis de garantir la légalité du régime actuel. Une position que contestent vivement les jeunes manifestants, qui dénoncent une Assemblée nationale composée en majorité d’élus issus de l’ancien régime, accusés d’avoir fermé les yeux sur les dérives passées avant de rallier opportunément le nouveau pouvoir. Ils pointent également du doigt la HCC, dont plusieurs membres seraient, selon eux, proches de l’ancien président Andry Rajoelina, remettant ainsi en cause son impartialité.

Le ton employé par le chef de l’État a également contribué à durcir le climat. S’exprimant publiquement, le colonel Randrianirina a directement pris pour cible l’une des figures du mouvement, Herizo Andriamanantena, l’accusant implicitement d’être instrumentalisé et motivé par des intérêts personnels. Dans des propos jugés par certains observateurs peu compatibles avec la posture attendue d’un chef d’État, il a déclaré : « Ce n’est pas parce que vous faites du bruit sur les réseaux sociaux que vous pouvez ensuite déposer un dossier pour devenir ministre. Et lorsque votre candidature n’est pas retenue,, vous en venez alors à inciter les gens à semer le désordre ». Il a également évoqué des financements provenant de politiciens, alimentant davantage la polémique autour de la crédibilité du mouvement.

Dans la même logique, le régime en place va plus loin en accusant Herizo Andriamanantena d’avoir orchestré un supposé retour de l’ancien président Andry Rajoelina sur la scène politique. Une affirmation que l’intéressé a balayée avec ironie face à la presse, allant jusqu’à en rire avant de rappeler qu’il avait été pourchassé pendant plusieurs mois par ce même ancien régime, contraint de vivre dans la clandestinité pour échapper aux pressions. Une réponse qui, aux yeux de nombreux observateurs, renforce la cohérence du discours des manifestants, dont la revendication principale reste le changement en profondeur du système, à commencer par la destitution des instances actuellement en place.

À l’origine, pourtant, un espoir commun. Les manifestations de septembre avaient incarné une rupture, portée par une jeunesse mobilisée contre un système jugé à bout de souffle. Cette dynamique avait ouvert la voie à une transition censée refonder les bases de la République. Mais quelques mois plus tard, le climat a changé. L’enthousiasme initial a laissé place à une frustration croissante, nourrie par l’impression que les pratiques d’hier persistent sous une nouvelle forme.

La mobilisation de vendredi illustre cette incompréhension persistante. Organisée sous forme de marche pacifique, elle visait à rappeler les revendications et à interpeller les dirigeants. Malgré une participation réduite, expliquée par une volonté de privilégier une délégation représentative, le message reste le même : la jeunesse souhaite être entendue et impliquée dans les décisions structurantes du pays.

Ce bras de fer révèle une fracture profonde entre gouvernants et gouvernés. Tandis que le pouvoir appelle à la stabilité et à la discipline, la jeunesse revendique transparence, participation et cohérence. Si aucun terrain d’entente n’est trouvé, le risque est grand de voir cette tension s’intensifier.

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2 commentaires

Vos commentaires

  • 11 avril à 09:30 | Maestro (#7313)

    @ MT

    Si aucun terrain d’entente n’est trouvé, le risque est grand de voir cette tension s’intensifier.

    Aucune chance ! Par contre à qui profite le Crime ? Ravalomanana X 2 ? Rajoelina ? ou autre ? Ils n’ont même pas les Courage de déscendre dans la rue .

    En tout cas de ce que je constate c’est que la Team du Colonel a pris en compte les recommandations des Vrais Gen Z , ceux en Col Blanc , et que malgré le retard la prise en compte de l’utilisation de l’IA dans TOUS les domaines est actée. Les insulteurs et détracteurs qui se cachent derrière leur clevier avec un VPN n’ont qu’à bien se tenir.

    On The Road Again !!!!!!!!

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  • 11 avril à 09:58 | RATOVO (#10503)

    La GEN Z avec ses défauts reste une balise essentielle .Les outrances publiques démontrent un autre visage du Colonel à la tête de la refondation . L’apprentissage de la démocratie a du chemin . Un minimum de pédagogie fait défaut .
    La Gen Z s’inquiète de la présence de plusieurs personnages controversés dans le cercle du pouvoir . La nomination de Onitiana Realy en tant que Directrice de cabinet est une provocation .Cette ancienne journaliste originaire a dû fuir le pays en 2019 après qu’un audit auprès de son ministère eut révélé un détournement de 4.524.972.000 ariary. Elle fut dans la foulée inculpée pour « favoritisme, faux et usage de faux en écriture publique, abus de fonction et détournement de deniers public ».Son époux, Briand Andrianirina, fondateur de la station de télévision Real TV, fut Président du conseil d’administration de l’ARTEC (Autorité de régulation des technologies de communication). Il a été cité à la même époque dans une affaire de détournement au sein du ministère des Postes, des Télécommunications et du Développement numérique.
    La Gen Z dénonce par ailleurs l’influence croissante de certains affairistes auprès de la Présidence de la transition. Parmi ceux-ci figure en chef de file Paul Sylvestra Koufali Daya, un jeune indo-malgache dénoncé en février 2022 par un complice pour « trafic d’or et trafic de devises ».Dans le même registre, la sortie publique de Raissa Razaivola lors de l’inauguration d’une route pavée en compagnie du ministre de la communication Gascar Fenosoa, a défrayé les chroniques . Condamnée à 7 ans de travaux forcés à la suite d’affaires ténébreuses en 2023, Raissa Razaivola a pu bénéficier d’une mesure d’élargissement au même titre que les prisonniers politiques après la chute de Rainilainga . L’incompréhension est donc totale devant l’incorporation au cœur du pouvoir de ces personnages au passé trouble .
    Apres la déchéance du « parrain » Mamy Ravatomanga, assiste-t-on a une montée en puissance de nouveaux Pablo Escobar à Madagascar ? Les déceptions se font jour, et le capital de confiance à l’endroit des dirigeants actuels s’effrite . Fanirisoa Erinaivo, ministre de la justice, fait ainsi l’objet de sévères interpellations pour avoir déclaré dans une interview à France 24 que « Koufali Daya n’est pas un trafiquant d’or » .Les 73 kilos d’or saisis à Johannesburg le 31 décembre 2020 et les lingots de 49 kilos interceptés aux Comores en décembre 2021 seraient la propriété du député russophile Siteny Randrianasoloniaiko, actuel président de l’assemblée nationale malgache ! A ce jour, aucun démenti n’a été publié par le principal intéressé.
    Le Colonel Michael est au pied du mur : soit il agit, soit il portera à jamais la responsabilité d’avoir offert l’État Malagasy à des crapules .Et n’en parlons pas de ce premier ministre qui a été le chouchou de l’ancien président Français de Madagascar en fuite avec sa reconduction deux fois à son poste de DG du Samifin . Bonjour nos espoirs qui vont s’envoler si on compte sur lui pour la lutte contre les blanchiments de capitaux .
    Le journaliste décédé Maurice Tsiavonana a bien souligné que Onitiana Realy est "dangereuse " et tout se comprend comme elle est à ce poste sensible et stratégique pour dérouler ses prédations ! A bon entendeur ...

    Répondre

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