Andry Rajoelina a fait une réapparition amusante et inattendue à Mbabane, capitale de l’Eswatini. Le dirigeant malgache déchu est donc allé pleurer dans les jupes du futur Président de la Troïka, organe de la SADC en charge des questions de politique, défense et sécurité. À travers une déclaration lue par son Premier ministre, le roi Mswati III lui a accordé son soutien : le monarque a demandé la réintégration de l’ancien DJ au pouvoir. Heureusement que l’avis de ce souverain absolu d’un pays classé “non libre” par Freedom House est une quantité négligeable, car il est mal placé pour donner des leçons de démocratie à qui que ce soit. Il est d’ailleurs moins connu pour ses qualités de leader démocratique sur le continent africain que pour les cérémonies annuelles appelées Umhlanga, durant lesquelles des milliers de vierges dansent devant lui afin de lui permettre de choisir l’une d’entre elles pour rejoindre son harem.
Le narcissique Rajoelina aime la compagnie de ce monarque anachronique, et son excitation en le recevant à Antananarivo lors du 45ème Sommet de la SADC (août 2025) était à la limite du ridicule. Dans son subconscient, il aurait certainement rêvé être un roi, ce qui explique sans doute la forfanterie du Colisée au sein du Rova d’Antananarivo, ainsi que ses rêves à peine cachés de dynastie. Un de ses rejetons, auquel il essaie régulièrement de mettre le pied à l’étrier lors de ses rencontres internationales, faisait d’ailleurs partie du voyage à Mbabane.
De façon plus sérieuse, ce retour en zone de Rajoelina sur la scène diplomatique internationale a énervé Iavoloha, qui s’est fendu d’un communiqué de condamnation pour “atteinte grave à la souveraineté de l’État malagasy”. Quoique l’on puisse dire de Rajoelina et du roi Mswati III, l’acte de ce dernier illustre les limites de la rhétorique officielle à Madagascar : la reconnaissance internationale n’est pas universellement acquise, malgré la propagande autour des voyages montés en épingle comme de grandes avancées de la diplomatie malgache.
Si vis pacem, para bellum
Ce voyage à Mbabane montre également que Rajoelina a gardé quelques amis dans son réseau, et que malgré son silence depuis quatre mois, il n’a pas renoncé à combattre. C’est sans doute sur ce point que l’énervement d’Iavoloha cache une certaine inquiétude, car les autorités malgaches se demandent si l’audience accordée par le roi Mswati III ne serait que la face émergée de l’iceberg du soutien international à Rajoelina. Mbabane est-il alors un acte isolé, ou un premier coup dans la tentative de Rajoelina de reconquérir le pouvoir ? On présuppose que le système de corruption institutionnalisée sous son mandat a fait de lui un homme extrêmement riche, et qu’au-delà de ses capacités financières, il a encore un noyau de fidèles dans divers cercles comme l’armée, les médias et la population.
En outre, les militaires connaissent la fameuse maxime latine : si vis pacem, para bellum. Est-ce une grille de lecture pour comprendre l’agitation des dernières semaines dans la coopération militaire avec les Russes, et les contacts établis par le colonel Randrianirina avec des Américains et des Israéliens lors de son voyage en catimini à Dubai ? Se préparer à contrer une éventuelle tentative de retour par la force de Rajoelina nécessite armes, renseignements et peut-être mercenaires. Depuis 2009, on connait l’absence de scrupules de l’ancien DJ quand il s’agit de conquérir et de s’accrocher au pouvoir. Serait-il capable de provoquer une guerre civile pour essayer de revenir ?
Il est patent que l’enthousiasme et le soutien dont les nouvelles autorités malgaches ont bénéficié lors des premiers jours est en train de s’effriter, et l’accumulation des révélations et des dérapages contribue à cette érosion. Le pouvoir actuel saura-t-il trouver la voie de la sagesse et du dialogue, ou bien va-t-il être tenté par les méthodes de Rajoelina : arrogance, refus de reconnaître les erreurs, intimidation des voix discordantes, kabary au détriment des actes, solelakisme etc. Il y a encore quelques mois, cet ensemble s’appelait werawera. On sait où cela a mené.
-----





Vos commentaires
Les revers de la quête effrénée de reconnaissance internationale commence à apparaître au grand jour...
Le régime au pouvoir est sous la sanction infligée par l’Union Africaine... Et l’histoire récente nous a montré que l’organisation continentale n’est qu’un outil aux mains des grandes puissances geopolitiques influentes... Le conflit à l’Est de la RDC en est une illustration flagrante de cette situation : c’est à Washington qu’avait eu lieu l’accord pour l’apaisement du contexte de conflit à l’échelle du continent africain...
Actuellement, la SADC et UA, pour ne citer qu’elles, sont à pied d’œuvre pour faire plier le régime des "Colonels" à un retour à l’ordre constitutionnel...
Les affidés du régime au pouvoir ne cessent de vociferer partout que le pouvoir assume les attributions "d’intérim" au sein de l’Etat... Et la Constitution sur laquelle le Colonel avait prêté serment indique clairement que la fonction première d’un intérim est d’assurer la tenue d’une nouvelle élection présidentielle dans une période de temps prescrite...
Pour dire, le rétropédalage de votre plein gré depuis le 14 octobre 2025 est en train de vous rattraper actuellement...
On n’a jamais cessé de vous dire que le processus de refondation de la République ne va pas de pair avec "la continuité de l’Etat".
Mais à coup d’orgueil, peut être aussi avec les contre-coups de la présence de mauvais entourage constitués pour la plupart par des anciens compagnons de route de Rajoelina lors de son coup d’Etat de 2009, vous avez, de votre plein gré, laissé le contexte vous enfermer dans les pièges et la ruse de la communauté internationale très influente car vous êtes en train de négocier la contribution des partenaires techniques et financiers issus de cette communauté internationale dans l’exercice de votre intérim...
Les mots de la fin ?
Comme disait l’autre :
"Nul ne peut prevaloir de ses propres turpitudes..."
Répondre
Nb :... se prévaloir...
La complicité : exfiltration de RADOMELINA par l’armée française
L’absence d’une poursuite judiciaire affirmée et assumée
Font que que Rainilaingarivony Cedric Rajoelina, NIAIS de son état , se croit être toujours dans ses droits .
Répondre
"Serait-il capable de provoquer une guerre civile pour essayer de revenir ?"
Rajoelina est sagement parti pour éviter la guerre civile.
Il aurait pu réunir toutes les forces lesquelles étaient encore fidèles à lui pour contrer les actions de la CAPSAT, d’autant plus, il y avait des pays amis qui étaient prêts à l’aider, mais, il a préféré quitter le pays pour les intérêts de notre pays.
La vraie question, le Colonel serait il prêt à quitter le pouvoir pour éviter le KO ?
Répondre
Aslm alkm
Le régime a perdu sa sérénité en connaissance de cause car faire du Rajoelisme sans Rajoelina montre ses limites : les grognes et les mécontentements montent. Les pauvres Malagasy sont et veulent tout et tout de suite qu’ils ne pas venir ni sur la forme et surtout sur le fond.
Répondre
Il y a visite et visite... Selon les pays...
Tandis que le maudit Calife était en visite chez son ami qui avait accepté d’inaugurer avec lui l’autoroute de fortune de 8 kilomètres...
Le vieux faiseur de roi d’antan, un artisan producteur de lettre manuscrite validant la prise de pouvoir à coup de kalachnikov en 2009... Oui, vous savez très bien qui c’est, était lui aussi en visite chez le Colonel... Asterix en chair et en os refait surface dans un palais d’Etat...
Le Colonel joue avec le feu...en voulant snober le peuple de Zanahary, il venait de se faire accrocher à ses basques un certain... Ratsirahonana Norbert...
Répondre