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mardi 26 mai 2026
Antananarivo | 08h47
 

Politique

Une Assemblée d’ « honorables » ?

mardi 26 mai | Ikala Paingotra |  415 visites  | 3 commentaires 

La Loi sur l’accès à l’information à caractère public (LAICP), portée par la société civile, était censée passer en séance pleinière à l’Assemblée nationale la semaine dernière, mais finalement, cela n’a pas eu lieu. Les atermoiements à ce sujet montrent le caractère sensible de ce projet de loi, qui veut essayer de faire bouger les lignes sur de grandes thématiques comme la corruption, la transparence et la redevabilité. Ce genre de loi n’a pas le contenu pour enthousiasmer la classe politique, peu connue pour joindre les actes à la parole en matière de transparence. Depuis 20 ans, les manœuvres dilatoires se multiplient pour faire obstacle à cette initiative de la société civile. Celle-ci risque d’attendre encore longtemps, ou au mieux, de la voir un jour votée mais expurgée de tout ce qui pourrait présenter un risque pour l’administration publique. Mais qu’on se rassure : même votée, cette loi ne sera ni la première à être transgressée par les politiciens, à commencer par la Constitution.

Selon les bruits de couloir, il semblerait en particulier que les députés rechignent à renoncer à leurs discussions habituellement à huis clos. On peut les comprendre : on se souvient que lors d’une session, Christine Razanamahasoa, alors Présidente de l’Assemblée nationale, avait pris l’initiative louable de faire diffuser en direct sur les médias et les réseaux sociaux les travaux de cette institution. Grande fut la surprise des citoyens en entendant un député, commissaire de police de profession, se plaindre que le Secrétariat d’État à la Sécurité publique ait refusé de prendre en compte ses interventions pour faire admettre les candidats qu’il avait pistonnés aux concours de la Police nationale. C’est le genre de dérapages qu’il est préférable de cacher aux oreilles chastes des quelques citoyens encore épris d’intégrité, même si c’est assez représentatif des mœurs politiques à Madagascar.

Une suspension qui aurait été largement méritée

C’est une fois de plus l’opportunité de réfléchir sur le rôle joué par l’Assemblée nationale dans le paysage politique malgache. On se rappelle avec curiosité que c’était la seule institution qui n’avait pas été suspendue par les officiers du Capsat lors de leur prise de pouvoir, ce qui n’était pas le cas pour la Constitution, le Sénat, la Cour électorale nationale et indépendante, la Haute cour de justice, le Haut conseil pour la défense des droits de l’homme et de l’État de Droit, et la Haute cour constitutionnelle. Même si on n’était pas en période pascale, on a toutefois assisté à la résurrection quasi-immédiate de certaines d’entre elles : la suspension annoncée par le colonel Randrianirina ne l’a pas empêché de porter serment sur la première devant la dernière.

L’Assemblée nationale n’a donc jamais été menacée par la prise de pouvoir par la junte. Sans doute les alliances étaient déjà prédéfinies de façon solide, et le rôle pris en octobre 2025 par une poignée de députés a été déterminant pour éviter de voir le renversement de Rajoelina qualifié de coup d’État. La communauté internationale s’est caché les yeux et bouché le nez : la manœuvre cousue de fil blanc est passée comme lettre à la poste, sauf auprès de l’Union africaine. Personne n’a soulevé le couvercle de la casserole pour s’interroger sur la manière dont la prise de contrôle par les parlementaires alliés au Capsat et l’étrange basculement du rapport de forces qui a fait passer en quelques jours la majorité pro-Rajoelina en majorité anti-Rajoelina a été faite. Personne ne se demandera si le maintien de l’Assemblée nationale en parallèle à la suspension du Sénat n’était pas une manœuvre pour rester le seul maître à bord de la barque parlementaire.

Les éléments de la Gen-Z qui avaient manifesté pour demander la suspension de l’Assemblée nationale ont été arrêtés ou intimidés, afin de les forcer au silence. Pourtant, à bien y réfléchir, les jeunes ont raison : cette institution devrait être la première à être suspendue, eu égard à ses pratiques depuis des décennies. Depuis des décennies, les rumeurs d’enveloppes et de mallettes circulent pour orienter les votes importants au Palais de Tsimbazaza (élection du bureau permanent, choix de noms pour être proposés comme « Premier ministre », votes de motion de déchéance ou de censure etc.). Ce sont les députés de l’actuelle législature qui avaient éhontément défendu et protégé le régime Rajoelina. On reconnaîtra à Siteny Randrianasoloniaiko le mérite d’avoir tenté de jouer le jeu de l’opposition parlementaire lorsqu’il était chef de l’opposition au sein de l’Assemblée nationale. On espère que son actuel perchoir, il aura à cœur de laisser le député Milavonjy jouer son rôle, loin de la mentalité vindicative, revancharde et répressive d’un ministère prétendant ne pas être d’injustice.

Des députés qui se prétendent honorables

L’Assemblée nationale est donc devenue un lieu des incongruités et de l’impunité, à condition d’être du bon côté de la barrière. On s’étonnera (ou pas) par exemple que la députée Lanto Rakotomanga soit exempte de poursuites malgré toutes ses casseroles, y compris son rôle dans l’emprisonnement de Rolly Mercia [1], alors que les députés Marie Michelle Sahondrarimalala ou Naivo Raholdina ont eu affaire à la justice démocratique à la sauce Fanirisoa Ernaivo.

À l’époque de Rajoelina, on n’a jamais vu de commission d’enquête parlementaire sur les grands sujets, comme le trafic d’or, la gestion de la Jirama, la mise à mort d’Air Madagascar, l’affaire Imbiky Herilaza ou Tiana Razafimahefa (affaire écrans plats). Comble du comble : les deux derniers noms ont même été recyclés comme députés en toute impunité. On se souvient aussi que dans une précédente législature, un député qui se faisait « servir » des jeunes élèves du secondaire a fait sauter la plainte d’un père de famille pour pédophilie. Voilà donc le profil de certains qui aiment se faire traiter à tort et surtout à travers d’honorable. En fait, les seuls sujets sur lesquels on a vu les députés s’activer avec enthousiasme sont leurs avantages et leurs véhicules 4x4, ou à la rigueur, le combat pour la légalisation du toaka gasy. Le vava dans solombavam-bahoaka était censé signifier la voix du porte-parole du peuple. On se demande si, au fil du temps, on n’a pas assisté à une transformation du concept vers la bouche qui mange à sa place.

D’octobre 2025 à mai 2026, à part les noms sur la liste protocolaire, qui peut dire ce qui a vraiment changé au niveau de l’Assemblée nationale ? La société civile et tous ceux qui espèrent moraliser les mœurs politiques à Madagascar à coups de projet de lois vont donc malheureusement au-delà de grandes illusions. C’est pour cela que l’adoption de la LAICP coince depuis 20 ans à l’Assemblée nationale. C’est pour cela que les suggestions de plafonnement des dépenses électorales et d’obligation de transparence sur leur origine ne passeront jamais. C’est pour cela que le valifaty politika est devenue le sport national à chaque alternance. C’est pour cela qu’élection après élection, l’impunité sur les fraudes se perpétue.

La raison de ces quelques exemples (parmi tant d’autres possibles) est très simple : ceux qui doivent prendre des décisions pour améliorer la situation ne le feront pas, car cela n’arrange pas la poursuite de leurs ambitions actuelles et futures. On ne va donc pas attendre des politiciens aujourd’hui au pouvoir, ou qui aspirent à y être demain, de se tirer une balle dans le pied en donnant un cadre juridique contraignant pour une moralisation de la vie publique. Par conséquent, restons lucides sur les mœurs de notre classe politique, si classe il y a. Cela nous permettra d’être réalistes sur ce que l’on peut, ou pas, espérer d’elle dans le cadre d’une refondation du jeu parlementaire.

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Notes

[1Une plainte a certes été déposée récemment. On en attend la suite avec curiosité, car dans le cadre de la polifika gasy, cela pourrait juste être une manœuvre de propagande pour faire croire que et faire semblant de, car on lui prête la protection d’une personnalité influente au sein du nouveau régime.

3 commentaires

Vos commentaires

  • 26 mai à 08:30 | Vohitra (#7654)

    Mbola tsy adino ny teny sy kabary nataon’ireo Kolonely dimy lahy nosoloin’ilay Kolonely iray tena milaza ho "mpiandry" ny harivan’ny andron’ny 14 octobre 2025 teo anoloan’ny lapa Ambohitsorohitra...

    Nahantona ny lalampanorenana, hoy izy...rava avokoa ny andrimpanjakana rehetra tao anatin’ny Repobilika fahefatra, hoy izy ihany...

    Telo andro monja taorian’izany fanambarana izany, indro ilay Kolonely fa "nivadika sy nanda" tamin’ny teny nataony, notsipahany tanteraka ny toky nomeny sy ny antso rehetra nataon’ny mpitolona teny ankianja...

    Nanomboka teo, dia sahala tanteraka sy dika tahaka mitovy ity kolonely ity sy i Rainilaingarivony !

    Mpandainga, mpivadi-pitokisana, lehilahin’ota miafina ambadiky ny finoana, sakaizam-pitaka, liam-pahefana sy lian-karena, marefo ara-pahalalana, farasisan’ny haja, mihezaka ny hanabado ny Malagasy hatrany...

    Ilay niheverina fa sehatra hanjakan’ny "teny miera", ny "dinika hifampierana", indro fa efa niofo ho lasa "zohy fierena ho an’ny jiolahy, zohy fanafenana ny firembena volam-bahoaka, zohy fiandrasana andraikitra mba handrobana ny Firenena "...

    Inona no dikanteny mahalaza ny hoe "honorable " eo amin’ny tenindrazana sy tenimpirenena Malagasy ? Moa va tsy midika hoe " mendri-kaja, voahaingom-boninahitra" ?

    Dia na ny teny aza efa voaota sy voahosy ampaladia, AHOANA moa no hanolotra haja sy voninahitra ny tontakely mpandroba sy tsy valahara ary tsy vanona ?

    Répondre

    • 26 mai à 09:17 | Vohitra (#7654) répond à Vohitra

      Moa va TSY ireo "solombava" tena mihinana ny volam-bahoaka toy ny fodilahimena ireo ihany no nilaza fa "marary saina sy very saina" i Razanamahasoa Christine ary avy dia nongotany tamin’ny hery tsy ho Filohany sady nongotany tsy ho solombava intsony nefa...avy eo indray nekeny ho minisitra misahana ny raharahambahiny tato afara ?

      Moa va tsy ireo solombava ireo ihany no nanaiky ilay lalàna mikasika ny "Fonds Souverain" ka nahafahan’i Rainilaingarivony nangalatra sy nandroba ny volam-bahoaka ?

      Moa va tsy ireo solombava ao ireo ihany no nisakana ny Haute Cour de Justice tsy hitsara ireo tsy maty manota nangalatra ny volam-bahoaka ?

      Moa va tsy ireo solombava ireo izay lazaina fa rafitra mpanao lalàna no nametraka an’i Tokely Justin ho Filohany nefa ity farany izay minisitry ny atitany teo aloha izay nanery ny mpiasam-panjakana hanao izay hampandaniana ho Filohampirenena an’i Rainilaingarivony tamin’ny 2023 ?

    • 26 mai à 09:57 | bekily (#9403) répond à Vohitra

      Et oui Vohitra
      Rainilainga II se substitue ellegrement à Rainilzanga I*.....
      Avec en prime : népotisme, copinage militaire et.tribalisme.
      Le tout avec le même sourire niais, mais fourbe, permanent.

      En tout cas MERCI MT pour cet éditorial clair et precis.

      A quand un editorial sur la CONSTITUANTE RENVOYEE AUX CALLENDES GRECQUES ???
      Qui ipso facto supprimerait momentanément le parlementcrntier, HCC et CENI....

      A quand un editorial sur les monopoles ?
      Sur les trusts ou multiples holdings ?
      Leurs ramifications mafieuses dans ke SYSTEME ?

      Et leurs relations de causes à effets sur l’économie malgache et sa débâcle sur la vie au quotidien du peuple ?

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